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DE L’UNITÉ


DE L’UNITÉ
Ouvrage précédé d’une Lettre à Joseph Banks, Baronet,
Traduit du Latin sur la troisième
Edition,
Non hic Centauros, non Gorgonas, harpiasque
invenies: hominem pagina nostra sapit.Martial, ix.Epigr. 4.


DISCOURS


































39. les cerfs. 




SECTION PREMIÈRE.

§ 1.

§ 2.


§ 3.

[interleaf]

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[titlePage_recto]
DE L’UNITÉ
DU
GENRE HUMAIN.

[titlePage_verso]

[titlePage_recto]
DE L’UNITÉ
DU
GENRE HUMAIN,
ET
DE SES VARIÉTÉS,
Ouvrage précédé d’une Lettre à Joseph Banks, Baronet,
et Président de la Société
Royale de Londres.Par Fred.
BLUMENBACH, Médecin,
membre de la même société.
Traduit du Latin sur la troisième
Edition,
par Fréd. Chardel, Médecin.
invenies: hominem pagina nostra sapit.
A PARIS,
Chez Allut, Imprimeur-Libraire, Propriétaire des Journaux de
Médecine, Vraie Théorie Médicale, Encyclopédie de Médecine
et de Chirurgie, Bibliothèque Germanique de Médecine, et des
Ouvrages de Brown, rue de l’Ecole de Médecine, N°. 6.
1808.
Chez Allut, Imprimeur-Libraire, Propriétaire des Journaux de
Médecine, Vraie Théorie Médicale, Encyclopédie de Médecine
et de Chirurgie, Bibliothèque Germanique de Médecine, et des
Ouvrages de Brown, rue de l’Ecole de Médecine, N°. 6.

[titlePage_verso]

[1]
DISCOURS
PRÉLIMINAIRE
DU TRADUCTEUR.
Roi de ce globe couvert de
végétaux si variés,
peuplé d’animaux si différens, l’homme s’élève au
milieu d’eux pour les commander; ses regards ont
embrassé ce vaste univers, et la force de son gé-
nie mit dans ses mains le sceptre du monde. La
suprême Intelligence lui donna l’excellence de la
formation, et le Créateur ayant pénétré ce corps
animal de son souffle divin, l’homme marcha
souverain des autres êtres, et fut différent d’eux
tous.
peuplé d’animaux si différens, l’homme s’élève au
milieu d’eux pour les commander; ses regards ont
embrassé ce vaste univers, et la force de son gé-
nie mit dans ses mains le sceptre du monde. La
suprême Intelligence lui donna l’excellence de la
formation, et le Créateur ayant pénétré ce corps
animal de son souffle divin, l’homme marcha
souverain des autres êtres, et fut différent d’eux
tous.
Quand on examine soigneusement cette quantité
innombrable de corps animés répandus sur la sur-
face de la terre, et qu’on réfléchit à la diversité
de leur organisation, on se persuade que la nature
a procédé du simple au composé, et s’est élevée
graduellement pour parvenir enfin à produire
l’homme le chef-d’œuvre de la création. En effet
innombrable de corps animés répandus sur la sur-
face de la terre, et qu’on réfléchit à la diversité
de leur organisation, on se persuade que la nature
a procédé du simple au composé, et s’est élevée
graduellement pour parvenir enfin à produire
l’homme le chef-d’œuvre de la création. En effet

[2]
en remontant l’échelle des
êtres, s’offrent d’abord
les plantes monocotiledon, formées de la réunion
de simples fibres longitudinales. Dans les végétaux
dicotiledons, l’organisation se complique déjà, et
des fibres se courbent circulairement autour d’un
cylindre médullaire. Vientensuite la première classe
des animaux; ce n’est encore qu’un sac gélatineux,
irritable, entouré de tentacules et percé d’une
seule ouverture. Ajoutez des pieds et les organes de
la mastication, le polype devient un échinoderme.
les plantes monocotiledon, formées de la réunion
de simples fibres longitudinales. Dans les végétaux
dicotiledons, l’organisation se complique déjà, et
des fibres se courbent circulairement autour d’un
cylindre médullaire. Vientensuite la première classe
des animaux; ce n’est encore qu’un sac gélatineux,
irritable, entouré de tentacules et percé d’une
seule ouverture. Ajoutez des pieds et les organes de
la mastication, le polype devient un échinoderme.
Donnez à cette ébauche de l’animalisation une
moëlle épinière et quelques organes des sens,
vous aurez un insecte, qui va devenir un molusque,
si vous joignez à cela un système de circulation et
un appareil respiratoire.
moëlle épinière et quelques organes des sens,
vous aurez un insecte, qui va devenir un molusque,
si vous joignez à cela un système de circulation et
un appareil respiratoire.
Accordez au molusque, le plus parfait des ani-
maux à sang blanc, une colonne épinière, et faites
circuler dans ses vaisseaux un liquide pourpré,
vous avez un poisson, ou un reptile, si des pou-
mons viennent remplacer les branchies.
maux à sang blanc, une colonne épinière, et faites
circuler dans ses vaisseaux un liquide pourpré,
vous avez un poisson, ou un reptile, si des pou-
mons viennent remplacer les branchies.
Le squelette se complique-t-il davantage, les mus-
cles sont-ils disposés de manière à déployer une gran-
de force, à servir à la progression et à la natation
vous avez un quadrupède ovipare. Ajoutez-y des
cles sont-ils disposés de manière à déployer une gran-
de force, à servir à la progression et à la natation
vous avez un quadrupède ovipare. Ajoutez-y des

[3]
mamelles, un cœur plus parfait, et l’ensemble
des organes constituera un cetacé ou un quadru-
pède mamifère. Enfin si le cerveau se perfectionne, si
la sensibilité s’accroît, vous aurez l’homme, le
dernier terme de l’organisation.
des organes constituera un cetacé ou un quadru-
pède mamifère. Enfin si le cerveau se perfectionne, si
la sensibilité s’accroît, vous aurez l’homme, le
dernier terme de l’organisation.
Placé à l’une des extrémités de la chaîne des
êtres, il laisse entre lui et les animaux une si
énorme distance qu’on ne saurait le comparer à au-
cun d’eux. Le singe n’est qu’une copie grossière
de ses formes extérieures, et n’a ni les idées, ni
les sens déliés, ni aucun des attributs de l’espèce
humaine.
êtres, il laisse entre lui et les animaux une si
énorme distance qu’on ne saurait le comparer à au-
cun d’eux. Le singe n’est qu’une copie grossière
de ses formes extérieures, et n’a ni les idées, ni
les sens déliés, ni aucun des attributs de l’espèce
humaine.
Sous le rapport de ses fonctions, l’homme l’em-
porte sur tous les animaux. En est-il chez qui le
toucher soit aussi parfait, le goût aussi délicat?
Sans doute l’odorat perd de sa susceptibilité chez
l’homme civilisé; mais on connaît la perfection
de ce sens chez les sauvages, et si l’ouie n’est pas
aussi étendue chez l’homme que chez plusieurs ani-
maux, elle gagne en finesse ce qu’elle n’a pas d’un
autre côté: quant à la vue, les voyageurs nous ap-
prennent que les sauvages l’ont des plus perçantes.
Si l’homme paraît donc au dessous de quelques
animaux relativement à certains sens, il ne le doit
porte sur tous les animaux. En est-il chez qui le
toucher soit aussi parfait, le goût aussi délicat?
Sans doute l’odorat perd de sa susceptibilité chez
l’homme civilisé; mais on connaît la perfection
de ce sens chez les sauvages, et si l’ouie n’est pas
aussi étendue chez l’homme que chez plusieurs ani-
maux, elle gagne en finesse ce qu’elle n’a pas d’un
autre côté: quant à la vue, les voyageurs nous ap-
prennent que les sauvages l’ont des plus perçantes.
Si l’homme paraît donc au dessous de quelques
animaux relativement à certains sens, il ne le doit

[4]
qu’à la civilisation, et dans ce
cas même, une percep-
tion bien plus parfaite le dédommage avec usure
de ce qui semble lui manquer.
tion bien plus parfaite le dédommage avec usure
de ce qui semble lui manquer.
La digestion est chez lui d’une activité prodi-
gieuse; et, tandis que les animaux sont bornés pour
leur nourriture à deux ou trois substances, il peut
assimiler à son individu toutes les matières ali-
mentaires. Où est l’être dont le système nerveux
soit aussi parfait, la faculté de se produire et de
se conserver, aussi étendue? dont le gosier soit
aussi flexible? l’homme seul peut articuler des
sons, et perfectionner, lui seul peut transmettre
ses idées, les généraliser, les comparer entre
elles.
gieuse; et, tandis que les animaux sont bornés pour
leur nourriture à deux ou trois substances, il peut
assimiler à son individu toutes les matières ali-
mentaires. Où est l’être dont le système nerveux
soit aussi parfait, la faculté de se produire et de
se conserver, aussi étendue? dont le gosier soit
aussi flexible? l’homme seul peut articuler des
sons, et perfectionner, lui seul peut transmettre
ses idées, les généraliser, les comparer entre
elles.
Si nous considérons la durée de sa vie, nous
trouvons que la nature l’a traité favorablement en-
core. On le voit prolonger sa carrière bien au-delà
du terme assigné aux autres mamifères, sans aller
chercher des exemples rares de longévité.
trouvons que la nature l’a traité favorablement en-
core. On le voit prolonger sa carrière bien au-delà
du terme assigné aux autres mamifères, sans aller
chercher des exemples rares de longévité.
Fait pour contempler les cieux, l’homme
offre une charpente osseuse entièrement différente
de celle des autres mamaux. Sa tête au lieu de
pendre à l’extrémité de la colonne vertébrale, s’y
maintient en équilibre, et son articulation avec elle
offre une charpente osseuse entièrement différente
de celle des autres mamaux. Sa tête au lieu de
pendre à l’extrémité de la colonne vertébrale, s’y
maintient en équilibre, et son articulation avec elle

[5]
forme quatre angles droits. Les vertèbres
cervicales
ne sont point hérissées de ces longues apophises épi-
neuses destinées, chez les quadrupèdes, à donner at-
tache à un ligament très-fort, qui soutient le poids
de leur tête. Le centre de gravité de la colonne ver-
tébrale, dans le squelette humain, répond à celui
du bassin, dont le grand diamètre s’étend de droite
à gauche; tout est différent chez les quadrupèdes;
et la plus grande dimension du pelvis est d’avant
en arrière. Le pied de l’homme, qui doit porter à
plat sur le sol, fait avec la jambe un angle de 90
degrés, tandis que chez la plupart des quadrupèdes
la station n’a guère lieu que sur l’extrémité des
orteils.
ne sont point hérissées de ces longues apophises épi-
neuses destinées, chez les quadrupèdes, à donner at-
tache à un ligament très-fort, qui soutient le poids
de leur tête. Le centre de gravité de la colonne ver-
tébrale, dans le squelette humain, répond à celui
du bassin, dont le grand diamètre s’étend de droite
à gauche; tout est différent chez les quadrupèdes;
et la plus grande dimension du pelvis est d’avant
en arrière. Le pied de l’homme, qui doit porter à
plat sur le sol, fait avec la jambe un angle de 90
degrés, tandis que chez la plupart des quadrupèdes
la station n’a guère lieu que sur l’extrémité des
orteils.
Les faisceaux musculaires ne nous offriraient
pas chez l’homme des dispositions moins particu-
lières; nous les verrions à la partie postérieure du
tronc, des cuisses et des jambes réunis ensemble,
former les muscles les plus puissans, et disposés
de la manière la plus convenable pour maintenir
la rectitude du squelette.
pas chez l’homme des dispositions moins particu-
lières; nous les verrions à la partie postérieure du
tronc, des cuisses et des jambes réunis ensemble,
former les muscles les plus puissans, et disposés
de la manière la plus convenable pour maintenir
la rectitude du squelette.
Par une suite de cette structure, la face de
l’homme est perpendiculaire, ou du moins ne s’é-
carte pas autant de cette direction que chez les
l’homme est perpendiculaire, ou du moins ne s’é-
carte pas autant de cette direction que chez les

[6]
autres
mamifères. Quoique ces dispositions soient
communes à tous les hommes, il existe cependant
entr’eux de légères différences, et c’est ce qui
constitue les variétés de l’espèce humaine, elles ne
semblent pas sorties des mains de la nature, mais
un effet des climats divers que l’homme habite,
de sa manière de vivre et de se nourrir, de ses
mœurs et de ses usages.
communes à tous les hommes, il existe cependant
entr’eux de légères différences, et c’est ce qui
constitue les variétés de l’espèce humaine, elles ne
semblent pas sorties des mains de la nature, mais
un effet des climats divers que l’homme habite,
de sa manière de vivre et de se nourrir, de ses
mœurs et de ses usages.
Tous les corps organiques semés sur la surface
du globe, sont soumis à l’impérieuse loi des cli-
mats; rien ne peut s’y soustraire. Nous voyons
les végétaux varier comme les pays. L’arbre dont
les nombreux rameaux s’étendaient majestueuse-
ment, transporté loin du sol natal devient un
frêle arbrisseau, ou même n’élève plus qu’une tige
herbacée, et le végétal savoureux perd bientôt ses
qualités dans une terre étrangère. Mais si le climat
exerce une si vaste puissance sur le règne végétal,
jusqu’où ne doit-elle pas s’étendre sur les animaux
à sang chaud, liés intimement à l’atmosphère dans
laquelle ils existent?
du globe, sont soumis à l’impérieuse loi des cli-
mats; rien ne peut s’y soustraire. Nous voyons
les végétaux varier comme les pays. L’arbre dont
les nombreux rameaux s’étendaient majestueuse-
ment, transporté loin du sol natal devient un
frêle arbrisseau, ou même n’élève plus qu’une tige
herbacée, et le végétal savoureux perd bientôt ses
qualités dans une terre étrangère. Mais si le climat
exerce une si vaste puissance sur le règne végétal,
jusqu’où ne doit-elle pas s’étendre sur les animaux
à sang chaud, liés intimement à l’atmosphère dans
laquelle ils existent?
Aussi suffirait-il de parcourir quelques classes
de mamifères pour trouver les preuves les plus
irréfragables de l’influence du climat. Nous les ver-
de mamifères pour trouver les preuves les plus
irréfragables de l’influence du climat. Nous les ver-

[7]
rions prendre une autre stature, des formes nou-
velles, changer les proportions respectives de leurs
parties. La nourriture et la manière de vivre ne
nous offriraient pas des effets moins remarquables.
velles, changer les proportions respectives de leurs
parties. La nourriture et la manière de vivre ne
nous offriraient pas des effets moins remarquables.
L’homme, il est vrai, peut plus qu’aucun ani-
mal s’accommoder à tous les climats, à toutes les
températures, aux variations diverses de l’atmos-
phère, se plier à tous les genres de vie. Il sup-
porte les chaleurs les plus excessives, et le Groën-
landais habite presque nu au milieu des glaces
du pôle. Mais si l’homme vit dans toutes les ré-
gions de la terre pourvu qu’il ne fasse pas de
transitions brusques, son organisation primitive
reçoit cependant des modifications diverses de la
part du concours nombreux des objets dont il est
environné. Il prend une stature différente, une
autre couleur de peau, ses excrétions ne sont plus
les mêmes, il éprouve des changemens jusque
dans son caractère. En un mot, l’homme est dif-
férent de lui-même suivant les climats qu’il ha-
bite. Quoiqu’il ne s’éloigne jamais autant de sa
forme primitive que les autres mamifères, sa taille
est rabougrie dans ces régions malheureuses où
le soleil darde pendant six mois, de pâles rayons
mal s’accommoder à tous les climats, à toutes les
températures, aux variations diverses de l’atmos-
phère, se plier à tous les genres de vie. Il sup-
porte les chaleurs les plus excessives, et le Groën-
landais habite presque nu au milieu des glaces
du pôle. Mais si l’homme vit dans toutes les ré-
gions de la terre pourvu qu’il ne fasse pas de
transitions brusques, son organisation primitive
reçoit cependant des modifications diverses de la
part du concours nombreux des objets dont il est
environné. Il prend une stature différente, une
autre couleur de peau, ses excrétions ne sont plus
les mêmes, il éprouve des changemens jusque
dans son caractère. En un mot, l’homme est dif-
férent de lui-même suivant les climats qu’il ha-
bite. Quoiqu’il ne s’éloigne jamais autant de sa
forme primitive que les autres mamifères, sa taille
est rabougrie dans ces régions malheureuses où
le soleil darde pendant six mois, de pâles rayons

[8]
et s’élève majestueusement au contraire plus près
de ses feux. Remarquons cependant que ce n’est
pas sous la zone torride que sont les plus grands
hommes, mais dans les pays un peu froids. Aussi
en Europe, voit-on dans la Suède les plus hautes
statures, et la Germanie, autrefois beaucoup plus
froide, qu’aujourd’hui, avait pour habitans, du
temps de César et Tacite, des hommes d’une taille
très-élevée. Si nous passons de l’autre côté de l’é-
quateur, nous trouvons les Patagons dans un climat
approchant beaucoup de celui de la Suède.
de ses feux. Remarquons cependant que ce n’est
pas sous la zone torride que sont les plus grands
hommes, mais dans les pays un peu froids. Aussi
en Europe, voit-on dans la Suède les plus hautes
statures, et la Germanie, autrefois beaucoup plus
froide, qu’aujourd’hui, avait pour habitans, du
temps de César et Tacite, des hommes d’une taille
très-élevée. Si nous passons de l’autre côté de l’é-
quateur, nous trouvons les Patagons dans un climat
approchant beaucoup de celui de la Suède.
La couleur de l’homme n’est pas partout la
même; il noircit au feu de l’astre du jour, et blan-
chit quand il en est plus éloigné. C’est ainsi qu’en
Europe, nous voyons, vers le sud, la peau se bru-
nir, les yeux perdre leur azur, et que l’Afrique,
au-delà du Sénégal, jusqu’à l’extrémité du Con-
go et de la mer Rouge, nous offre des hommes
parfaitement noirs. Indépendamment du soleil,
un grand nombre de causes accessoires peuvent
faire varier la couleur des peuples, et même sous
des latitudes semblables.
même; il noircit au feu de l’astre du jour, et blan-
chit quand il en est plus éloigné. C’est ainsi qu’en
Europe, nous voyons, vers le sud, la peau se bru-
nir, les yeux perdre leur azur, et que l’Afrique,
au-delà du Sénégal, jusqu’à l’extrémité du Con-
go et de la mer Rouge, nous offre des hommes
parfaitement noirs. Indépendamment du soleil,
un grand nombre de causes accessoires peuvent
faire varier la couleur des peuples, et même sous
des latitudes semblables.
On sait que la blancheur des Européens n’est pas
due à la couleur que réfléchit l’épiderme, puisque
due à la couleur que réfléchit l’épiderme, puisque

[9]
c’est un corps transparent, mais à celle
qu’il
transmet, la peau devient aussi plus foncée à me-
sure qu’elle intercepte un plus grand nombre de
rayons lumineux, et enfin décidément noire quand
elle les absorbe tous. On peut en général distin-
guer deux genres de coloration; l’une dépend de
l’action immédiate du soleil, qui carbonise les
premières couches des tégumens communs, elle
disparaît lorsqu’il cesse d’être aussi ardent, et
n’est pas héréditaire; l’autre est au contraire un
effet des tempéramens, et se propage plus ou
moins long-temps de race en race, suivant que
la constitution a subi des changemens plus ou
moins intimes. C’est ainsi qu’en Europe même,
sans changer de latitude, nous voyons la peau
passer par une infinité de nuances, pour arriver
enfin du blanc à la couleur qui distingue les tem-
péramens mélancoliques. Ces nuances diverses
s’effacent plus ou moins difficilement suivant leur
degré. Des maladies, ou l’action de certains cli-
mats suffisent pour donner immédiatement cette
teinte à la peau la plus belle; ainsi agissent les dif-
férentes cachexies provenant des maladies du foie,
qui s’opposent à ce que le sang se dépouille aussi
transmet, la peau devient aussi plus foncée à me-
sure qu’elle intercepte un plus grand nombre de
rayons lumineux, et enfin décidément noire quand
elle les absorbe tous. On peut en général distin-
guer deux genres de coloration; l’une dépend de
l’action immédiate du soleil, qui carbonise les
premières couches des tégumens communs, elle
disparaît lorsqu’il cesse d’être aussi ardent, et
n’est pas héréditaire; l’autre est au contraire un
effet des tempéramens, et se propage plus ou
moins long-temps de race en race, suivant que
la constitution a subi des changemens plus ou
moins intimes. C’est ainsi qu’en Europe même,
sans changer de latitude, nous voyons la peau
passer par une infinité de nuances, pour arriver
enfin du blanc à la couleur qui distingue les tem-
péramens mélancoliques. Ces nuances diverses
s’effacent plus ou moins difficilement suivant leur
degré. Des maladies, ou l’action de certains cli-
mats suffisent pour donner immédiatement cette
teinte à la peau la plus belle; ainsi agissent les dif-
férentes cachexies provenant des maladies du foie,
qui s’opposent à ce que le sang se dépouille aussi

[10]
complètement des élémens de la
bile. M. Cassan a
observé qu’un des effets le plus communs du
climat des îles, est d’altérer le teint des Européens
qui l’habitent, et que beaucoup d’entr’eux prennent
bientôt après leur arrivée un teint plombé et olivâ-
tre, malgré qu’ils jouissent d’une bonne santé et
n’aient aucun engorgement des viscères. Il paraît
donc que le principe de la coloration est le même
chez tous les hommes, et que la peau des Indiens
et des autres peuples basanés ne diffèrent entr’elles
et même de la nôtre, qu’en degré, selon qu’elles
offrent plus ou moins de ce jaune provenant de
la transmission imparfaite du blanc. Nous allons
examiner l’organisation de la peau des nègres,
comme offrant le dernier terme de la coloration
en noir. Les propositions suivantes sont extraites
d’un mémoire de Jhon Mitchel, inséré dans le
43e vol. des Transactions philosophiques.
observé qu’un des effets le plus communs du
climat des îles, est d’altérer le teint des Européens
qui l’habitent, et que beaucoup d’entr’eux prennent
bientôt après leur arrivée un teint plombé et olivâ-
tre, malgré qu’ils jouissent d’une bonne santé et
n’aient aucun engorgement des viscères. Il paraît
donc que le principe de la coloration est le même
chez tous les hommes, et que la peau des Indiens
et des autres peuples basanés ne diffèrent entr’elles
et même de la nôtre, qu’en degré, selon qu’elles
offrent plus ou moins de ce jaune provenant de
la transmission imparfaite du blanc. Nous allons
examiner l’organisation de la peau des nègres,
comme offrant le dernier terme de la coloration
en noir. Les propositions suivantes sont extraites
d’un mémoire de Jhon Mitchel, inséré dans le
43e vol. des Transactions philosophiques.
PREMIÈRE PROPOSITION.
La peau des nègres est plus épaisse et d’une
texture plus
serrée que celle des blancs. Elle ne transmet aucune
couleur.
serrée que celle des blancs. Elle ne transmet aucune
couleur.
Nous allons donner des preuves de ces deux
assertions.
assertions.

[11]
1°. La peau chez le nègre oppose plus de résis-
tance à l’instrument qui la divise que chez le
blanc.
tance à l’instrument qui la divise que chez le
blanc.
2°. Leur épiderme se sépare plus difficilement de
la peau, et paraît alors plus compact et moins fin
que celui des blancs.
la peau, et paraît alors plus compact et moins fin
que celui des blancs.
3°. Les nègres ne reçoivent jamais de coups de
soleil, quelle que soit la chaleur àlaquelle ils s’ex-
posent.
soleil, quelle que soit la chaleur àlaquelle ils s’ex-
posent.
4°. Dans l’hiver, leur peau qui n’est plus cou-
verte par l’humeur grasse qui la lubréfie ordinai-
rement, devient dure, âpre, et grossière.
verte par l’humeur grasse qui la lubréfie ordinai-
rement, devient dure, âpre, et grossière.
5°. Aucun nègre adulte n’a de boutons, si ce
n’est ceux dont la peau est la plus fine.
n’est ceux dont la peau est la plus fine.
6°. Leur peau ne rougit jamais, même dans les
fièvres les plus ardentes, dans la rougeole, la
variole, etc.
fièvres les plus ardentes, dans la rougeole, la
variole, etc.
7°. Elle ne change pas de couleur dans l’anasar-
que et le ictère, quoique dans cette dernière ma-
ladie leurs yeux prennent une teinte jaune.
que et le ictère, quoique dans cette dernière ma-
ladie leurs yeux prennent une teinte jaune.

[12]
DEUXIÈME PROPOSITION.
Le corps réticulaire, les lames les plus
superficielles
de l’épiderme sont noirs chez les nègres. La peau of-
fre du reste la même couleur que chez les blancs, à
l’exception des fibres qui vont du corps réticulaire à l’é-
piderme.
de l’épiderme sont noirs chez les nègres. La peau of-
fre du reste la même couleur que chez les blancs, à
l’exception des fibres qui vont du corps réticulaire à l’é-
piderme.
Lorsqu’on enlève l’épiderme des nègres, soit
par l’action d’un épispatique, du feu ou de l’eau
bouillante, sa surface extérieure conserve à peu
près la même couleur qu’avant cette opération;
mais sa surface interne diffère peu de ce qu’elle
est chez les blancs; l’application des cantharides
sépare le plus souvent, surtout sur les cuisses, cette
membrane en deux lames d’une épaisseur égale à l’é-
piderme des blancs. Les surfaces correspondantes
de ces deux lames sont partie blanche et partie
noire; des fibres de cette couleur pénètrent à tra-
vers l’épiderme, et lorsqu’il est divisé en deux
feuillets paraissent comme autant de taches noires
semées sur les surfaces qui se touchaient aupa-
vant, mais disparaissent à la surface interne du
feuillet inférieur: la partie analogue du feuillet
supérieur est blanche, à l’exception des taches noires
par l’action d’un épispatique, du feu ou de l’eau
bouillante, sa surface extérieure conserve à peu
près la même couleur qu’avant cette opération;
mais sa surface interne diffère peu de ce qu’elle
est chez les blancs; l’application des cantharides
sépare le plus souvent, surtout sur les cuisses, cette
membrane en deux lames d’une épaisseur égale à l’é-
piderme des blancs. Les surfaces correspondantes
de ces deux lames sont partie blanche et partie
noire; des fibres de cette couleur pénètrent à tra-
vers l’épiderme, et lorsqu’il est divisé en deux
feuillets paraissent comme autant de taches noires
semées sur les surfaces qui se touchaient aupa-
vant, mais disparaissent à la surface interne du
feuillet inférieur: la partie analogue du feuillet
supérieur est blanche, à l’exception des taches noires

[13]
dont j’ai parlé. La teinte qu’elle reçoit de sa sur-
face extérieure, qui est noire, fait paraître sa blan-
cheur très-superficielle. Ce feuillet est moins trans-
parent, plus épais, plus grossier, que l’épiderme
des blancs.
face extérieure, qui est noire, fait paraître sa blan-
cheur très-superficielle. Ce feuillet est moins trans-
parent, plus épais, plus grossier, que l’épiderme
des blancs.
Il suffit de râtisser les deux feuillets qui com-
posent la cuticule des nègres, pour enlever les ta-
ches noires qu’on y remarque, et lui donner la
même couleur que chez les blancs, tandis qu’on
ne peut le faire au moyen de la macération, quel
que soit le véhicule qu’on emploie.
posent la cuticule des nègres, pour enlever les ta-
ches noires qu’on y remarque, et lui donner la
même couleur que chez les blancs, tandis qu’on
ne peut le faire au moyen de la macération, quel
que soit le véhicule qu’on emploie.
Le corps réticulaire du nègre diffère sous deux
rapports, de celui du blanc; il est noir chez l’un et
de couleur blanche chez l’autre; dans le premier
c’est une substance molle, pulpeuse ou muqueuse,
qu’on ne peut enlever que sous la forme de flocons,
dans le second, c’est une véritable membrane
que détachent souvent les épipastiques, et qu’on
emporte alors aussi facilement que l’épiderme.
C’est du corps réticulaire que naissent les fibriles
noires que nous avons vu traverser l’épiderme et
lui communiquer cette teinte.
rapports, de celui du blanc; il est noir chez l’un et
de couleur blanche chez l’autre; dans le premier
c’est une substance molle, pulpeuse ou muqueuse,
qu’on ne peut enlever que sous la forme de flocons,
dans le second, c’est une véritable membrane
que détachent souvent les épipastiques, et qu’on
emporte alors aussi facilement que l’épiderme.
C’est du corps réticulaire que naissent les fibriles
noires que nous avons vu traverser l’épiderme et
lui communiquer cette teinte.
Le derme du nègre est à-peu-prês de la même

[14]
couleur que celui d’un blanc
à peau brune; mais
recouvert du corps réticulaire, il offre une teinte
analogue à celle des Indiens ou des mulâtres.
recouvert du corps réticulaire, il offre une teinte
analogue à celle des Indiens ou des mulâtres.
TROISIÈME PROPOSITION.
La teinte du nègre ne provient pas d’une liqueur
noire
aucune humeur ne possède chez eux plus que chez les
blancs cette couleur particulière.
aucune humeur ne possède chez eux plus que chez les
blancs cette couleur particulière.
Si la peau des nègres contenait une liqueur noire,
il existerait quelque moyen de l’en dégager et
l’on ne peut y parvenir ni par la macération, ni
par les pressions les plus fortes. D’ailleurs elle
teindrait la sérosité contenue dans les cloches des
vésicatoires, et cette sérosité est la même chez le
noir et chez le blanc.
il existerait quelque moyen de l’en dégager et
l’on ne peut y parvenir ni par la macération, ni
par les pressions les plus fortes. D’ailleurs elle
teindrait la sérosité contenue dans les cloches des
vésicatoires, et cette sérosité est la même chez le
noir et chez le blanc.
Les capsules atrabilaires, ou glandes sur-rénales,
ont paru à M. Cassan, beaucoup plus volumineuses chez
le nègre que chez le blanc, et l’humeur noire qu’elles
renferment, plus abondante chez eux que chez ces derniers.
ont paru à M. Cassan, beaucoup plus volumineuses chez
le nègre que chez le blanc, et l’humeur noire qu’elles
renferment, plus abondante chez eux que chez ces derniers.
M. Rousseau, naturaliste au Museum d’Hist. Nat.,
a eu occasion de disséquer plusieurs nègres, et m’a dit
qu’il n’avait trouvé aucune différence entre ces organes
chez le blanc et l’homme de couleur; seulement les mus-
cles de ce dernier lui ont paru d’un rouge plus foncé.
a eu occasion de disséquer plusieurs nègres, et m’a dit
qu’il n’avait trouvé aucune différence entre ces organes
chez le blanc et l’homme de couleur; seulement les mus-
cles de ce dernier lui ont paru d’un rouge plus foncé.

[15]
Concluons donc que le siége de la couleur des
nègres se trouve dans les premières couches des
tégumens communs et le réseau muqueux qui
s’opposent chez eux à la transmission des rayons
lumineux provenant des parties blanches et rouges
situées au-dessous.
nègres se trouve dans les premières couches des
tégumens communs et le réseau muqueux qui
s’opposent chez eux à la transmission des rayons
lumineux provenant des parties blanches et rouges
situées au-dessous.
Quand on réfléchit que la couleur des peuples
va toujours prenant des teintes plus foncées à me-
sure qu’on approche davantage du midi, on de-
meure convaincu que le climat est la cause la plus
générale de la coloration de la peau, et que l’ac-
tion du soleil en détermine surtout les effets.
Nous le voyons même, indépendamment de toute
autre cause, tendre continuellement à priver la
peau de la couleur blanche qui lui est naturelle; et
si les rayons de l’astre qui nous éclaire brunissent
bientôt le teint le plus éclatant, ce qui est un pas
de fait vers la couleur des peuples d’Ethiopie, leur
action continuée pendant des milliers de siècles,
peut bien le faire enfin passer décidément au noir
et donner à la peau la densité et l’épaisseur qui dis-
tinguent celle des nègres. Cette texture plus serrée,
et cette augmentation d’épaisseur pourrait bien
contribuer pour quelque chose à la couleur noire
va toujours prenant des teintes plus foncées à me-
sure qu’on approche davantage du midi, on de-
meure convaincu que le climat est la cause la plus
générale de la coloration de la peau, et que l’ac-
tion du soleil en détermine surtout les effets.
Nous le voyons même, indépendamment de toute
autre cause, tendre continuellement à priver la
peau de la couleur blanche qui lui est naturelle; et
si les rayons de l’astre qui nous éclaire brunissent
bientôt le teint le plus éclatant, ce qui est un pas
de fait vers la couleur des peuples d’Ethiopie, leur
action continuée pendant des milliers de siècles,
peut bien le faire enfin passer décidément au noir
et donner à la peau la densité et l’épaisseur qui dis-
tinguent celle des nègres. Cette texture plus serrée,
et cette augmentation d’épaisseur pourrait bien
contribuer pour quelque chose à la couleur noire

[16]
en diminuant la transparence de la peau. On ob-
serve enfin, que le réseau de Malpighi devient
moins muqueux à mesure que la peau s’obscurcit
davantage, et se change enfin, chez l’Africain,
dans une véritable membrane. Plus l’épiderme est
épais, plus ses lames sont nombreuses; plus sa
texture est serrée, plus il doit y avoir de rayons
lumineux interceptés au passage, et plus la peau
doit perdre de sa blancheur. Observons que l’é-
piderme est moins fin chez les personnes qui ont
le teint foncé, et sur les régions du corps les
moins blanches. Vers le pôle où les hommes exposés
continuellement aux intempéries d’un ciel rigou-
reux, ont un teint fort rembruni, la peau est aussi
très-grosse. Le froid et la chaleur agiraient-ils tous
deux sur la peau, comme un stimulus, et augmen-
teraient-ils son épaisseur de la même manière
que les mains des forgerons deviennent calleuses?
Les nègres eux-mêmes offrent des nuances dans la
couleur et la finesse de leur peau; les négrillons
qui l’ont plus fine, sont moins noirs que les nègres
adultes. On assure aussi qu’ils deviennent jaunes
s’ils sont pris d’ictère.
serve enfin, que le réseau de Malpighi devient
moins muqueux à mesure que la peau s’obscurcit
davantage, et se change enfin, chez l’Africain,
dans une véritable membrane. Plus l’épiderme est
épais, plus ses lames sont nombreuses; plus sa
texture est serrée, plus il doit y avoir de rayons
lumineux interceptés au passage, et plus la peau
doit perdre de sa blancheur. Observons que l’é-
piderme est moins fin chez les personnes qui ont
le teint foncé, et sur les régions du corps les
moins blanches. Vers le pôle où les hommes exposés
continuellement aux intempéries d’un ciel rigou-
reux, ont un teint fort rembruni, la peau est aussi
très-grosse. Le froid et la chaleur agiraient-ils tous
deux sur la peau, comme un stimulus, et augmen-
teraient-ils son épaisseur de la même manière
que les mains des forgerons deviennent calleuses?
Les nègres eux-mêmes offrent des nuances dans la
couleur et la finesse de leur peau; les négrillons
qui l’ont plus fine, sont moins noirs que les nègres
adultes. On assure aussi qu’ils deviennent jaunes
s’ils sont pris d’ictère.
L’action du soleil reçoit un accroissement de

[17]
pouvoir de la nature du sol,
selon qu’il est plat
ou montagneux, sablonneux ou fertile, aride ou
coupé de rivières.
ou montagneux, sablonneux ou fertile, aride ou
coupé de rivières.
La manière de vivre des peuples divers doit en-
core contribuer à la couleur de leur peau.
core contribuer à la couleur de leur peau.
L’aridité d’une grande partie de l’Afrique aug-
mente l’ardeur du soleil dans cette partie du
monde; c’est là que se trouvent les véritables
nègres; dans les autres pays chauds, au contraire,
la terre est couverte d’un grand nombre de végétaux
dont les exhalaisons rafraîchissent sans cesse l’at-
mosphère et tempèrent la chaleur, d’arbres touf-
fus dont l’ombrage défend des feux du jour.
mente l’ardeur du soleil dans cette partie du
monde; c’est là que se trouvent les véritables
nègres; dans les autres pays chauds, au contraire,
la terre est couverte d’un grand nombre de végétaux
dont les exhalaisons rafraîchissent sans cesse l’at-
mosphère et tempèrent la chaleur, d’arbres touf-
fus dont l’ombrage défend des feux du jour.
Le manque d’eau, la manière de vivre dans les
pays chauds, surtout en Afrique, conspirent en-
core pour augmenter l’influence du soleil.
pays chauds, surtout en Afrique, conspirent en-
core pour augmenter l’influence du soleil.
La plupart des peuples de ces contrées, particu-
lièrement ceux qui sont noirs, vont toujours nuds,
vivent sans habitations fixes, vaguent sans cesse
sur des sables brûlans, sans rien qui les préserve
des rayons d’un soleil ardent, sans ombrage, sans
eau pour se désaltérer.
lièrement ceux qui sont noirs, vont toujours nuds,
vivent sans habitations fixes, vaguent sans cesse
sur des sables brûlans, sans rien qui les préserve
des rayons d’un soleil ardent, sans ombrage, sans
eau pour se désaltérer.
Au contraire, la manière de vivre des Euro-
péens contribue à rendre leur peau plus belle en-
péens contribue à rendre leur peau plus belle en-

[18]
core. Ils se garantissent
soigneusement de l’impres-
sion du soleil, et se tiennent le plus souvent ren-
fermés dans des maisons solidement construites.
Ils sont couverts de vêtemens chauds, et reposent
mollement la nuit sur des lits délicats. Tout le
monde connaît l’influence d’une vie efféminée sur
la coloration de la peau. Nous la voyons blanchir
à proportion qu’on la défend plus exactement de
l’action de la lumière. Les femmes recherchées
nous en offrent continuellement des exemples.
sion du soleil, et se tiennent le plus souvent ren-
fermés dans des maisons solidement construites.
Ils sont couverts de vêtemens chauds, et reposent
mollement la nuit sur des lits délicats. Tout le
monde connaît l’influence d’une vie efféminée sur
la coloration de la peau. Nous la voyons blanchir
à proportion qu’on la défend plus exactement de
l’action de la lumière. Les femmes recherchées
nous en offrent continuellement des exemples.
Le climat et la manière de vivre paraissent donc
la cause de la couleur noire des habitans de la Zone
Torride, tandis que les coutumes des peuples du
nord contribuent au contraire à leur blan-
cheur.
la cause de la couleur noire des habitans de la Zone
Torride, tandis que les coutumes des peuples du
nord contribuent au contraire à leur blan-
cheur.
La teinte des peuples colorés semble tellement
une variété héréditaire par accident, provenant du
climat qu’ils habitent, qu’il suffit d’une légère cir-
constance, comme le voisinage d’une montagne,
d’un pas fait vers le nord, d’un sol plus élevé et
moins aride pour l’affaiblir ou même l’effacer en-
tièrement. Bouger (Fig. dela terre) a eu occasion
d’observer que les sauvages qui habitent au pied
de la Cordilière, et du côté de l’occident, sons
une variété héréditaire par accident, provenant du
climat qu’ils habitent, qu’il suffit d’une légère cir-
constance, comme le voisinage d’une montagne,
d’un pas fait vers le nord, d’un sol plus élevé et
moins aride pour l’affaiblir ou même l’effacer en-
tièrement. Bouger (Fig. dela terre) a eu occasion
d’observer que les sauvages qui habitent au pied
de la Cordilière, et du côté de l’occident, sons

[19]
presqu’aussi blancs que nous, tandis qu’en s’éloi-
gnant de cette montagne, en avançant vers la côte,
les Indiens reprennent leur couleur de cuivre. On
lit dans une Collection de Voyages par Chorchil,
que les habitans de la Négritie sont plus noirs que
ceux de la côte d’Or, à l’exception des peuples qui
vivent sur la rive nord du fleuve Sénéga, qui ne
sont plus que basanés. Dans l’intérieur de l’Afrique
où les terres sont élevées et montagneuses, où
des pluies abondantes et continuelles tempèrent la
chaleur et rafraîchissent l’air au point de faire de
ce climat une région tempérée, les hommes, sui-
vant les observations les plus récentes, sont pres-
que aussi blancs que les Européens. Combien ces
derniers n’offrent-ils pas eux-mêmes de différences
sous le rapport de la coloration? Les Bohémiens
paraissent presque noirs, tandis que leurs voisins
les Saxons, ont le plus beau teint. Les Bavarrois sont
demi-basanés. S’il suffisait de la couleur pour for-
mer des races, il y en aurait presqu’autant que d’in-
dividus. Remarquons que les Européennes dont la
peau est brune, ont, comme les négresses le ma-
melon du sein et l’intérieur des parties sexuelles
d’une couleur violâtre, ce qui semble annoncer
gnant de cette montagne, en avançant vers la côte,
les Indiens reprennent leur couleur de cuivre. On
lit dans une Collection de Voyages par Chorchil,
que les habitans de la Négritie sont plus noirs que
ceux de la côte d’Or, à l’exception des peuples qui
vivent sur la rive nord du fleuve Sénéga, qui ne
sont plus que basanés. Dans l’intérieur de l’Afrique
où les terres sont élevées et montagneuses, où
des pluies abondantes et continuelles tempèrent la
chaleur et rafraîchissent l’air au point de faire de
ce climat une région tempérée, les hommes, sui-
vant les observations les plus récentes, sont pres-
que aussi blancs que les Européens. Combien ces
derniers n’offrent-ils pas eux-mêmes de différences
sous le rapport de la coloration? Les Bohémiens
paraissent presque noirs, tandis que leurs voisins
les Saxons, ont le plus beau teint. Les Bavarrois sont
demi-basanés. S’il suffisait de la couleur pour for-
mer des races, il y en aurait presqu’autant que d’in-
dividus. Remarquons que les Européennes dont la
peau est brune, ont, comme les négresses le ma-
melon du sein et l’intérieur des parties sexuelles
d’une couleur violâtre, ce qui semble annoncer

[20]
que le principe de la coloration est chez elles
la
même. Le blanc paraît d’ailleurs tellement la cou-
leur primitive du genre humain, qu’il tend conti-
nuellement à revenir, les nègres eux-mêmes l’ap-
portent en naissant, jusques dans les régions les
plus brûlantes du midi, et pâlissent dans leurs ma-
ladies; mais une fois que la blancheur à fait place
au noir des Africains, la peau reprend difficilement
sa couleur originelle. Un seul jour suffit en effet
pour ternir les lis de la peau européenne tandis qu’il
faut des mois entiers pour qu’ils brillent de leur
premier éclat.
même. Le blanc paraît d’ailleurs tellement la cou-
leur primitive du genre humain, qu’il tend conti-
nuellement à revenir, les nègres eux-mêmes l’ap-
portent en naissant, jusques dans les régions les
plus brûlantes du midi, et pâlissent dans leurs ma-
ladies; mais une fois que la blancheur à fait place
au noir des Africains, la peau reprend difficilement
sa couleur originelle. Un seul jour suffit en effet
pour ternir les lis de la peau européenne tandis qu’il
faut des mois entiers pour qu’ils brillent de leur
premier éclat.
D’ailleurs l’homme est loin d’être la seule créa-
ture dont le climat change la couleur: presque tous
les cochons sont blancs en Normandie, noirs en
Savoie, et d’un rouge brun en Bavière. La plupart
des bœufs de Hongrie sont d’un blanc grisâtre, ils
sont roux en Franconie. En Guinée le chien et les
oiseaux, galinacés surtout, sont noirs comme
l’homme de ces contrées; comme lui, le chien à la
peau glabre et onctueuse, et jouit aussi d’une trans-
piration particulière.
ture dont le climat change la couleur: presque tous
les cochons sont blancs en Normandie, noirs en
Savoie, et d’un rouge brun en Bavière. La plupart
des bœufs de Hongrie sont d’un blanc grisâtre, ils
sont roux en Franconie. En Guinée le chien et les
oiseaux, galinacés surtout, sont noirs comme
l’homme de ces contrées; comme lui, le chien à la
peau glabre et onctueuse, et jouit aussi d’une trans-
piration particulière.
Si les cheveux du nègre sont crêpus et frisés,
si son crâne offre de légères différences de celui de
si son crâne offre de légères différences de celui de

[21]
l’Européen, combien le climat et la
nourriture
n’apportent-ils pas de changemens plus grands aux
animaux d’une même espèce! Qui ne connaît pas
l’exemple des chiens et des chats d’Angola, des
brebis d’Afrique, dont la laine devient si fine dans
les pâturages d’Angleterre! Oui n’a pas observé
combien de variétés dans la forme de la tête des
chevaux des différens pays! Combien le genre de
vie ne fait-il pas différer les espèces sauvages des
espèces domestiques! Et sous ses divers rapports,
combien l’homme ne l’emporte-t-il pas sur tous les
animaux!
n’apportent-ils pas de changemens plus grands aux
animaux d’une même espèce! Qui ne connaît pas
l’exemple des chiens et des chats d’Angola, des
brebis d’Afrique, dont la laine devient si fine dans
les pâturages d’Angleterre! Oui n’a pas observé
combien de variétés dans la forme de la tête des
chevaux des différens pays! Combien le genre de
vie ne fait-il pas différer les espèces sauvages des
espèces domestiques! Et sous ses divers rapports,
combien l’homme ne l’emporte-t-il pas sur tous les
animaux!
Quelle énorme différence entre la manière de
vivre de l’enfant de la nature et celle du citadin
raffiné? entre les alimens des peuples divers? Pê-
cheur dans ces régions glacées ou la terre se refuse
à la végétation, l’homme se nourrit en grande partie
de poissons; moins au nord, nomade et chasseur
il vit de lait et de la chair de sa proie; dans des
contrées plus heureuses, il devient sédentaire
et se livre à l’agriculture; enfin, dans ces climats
fortunés où la nature fournit largement à tous ses
besoins, il s’abandonne à l’oisiveté, et se nourrit
entièrement des fruits de la terre. Quels immenses
vivre de l’enfant de la nature et celle du citadin
raffiné? entre les alimens des peuples divers? Pê-
cheur dans ces régions glacées ou la terre se refuse
à la végétation, l’homme se nourrit en grande partie
de poissons; moins au nord, nomade et chasseur
il vit de lait et de la chair de sa proie; dans des
contrées plus heureuses, il devient sédentaire
et se livre à l’agriculture; enfin, dans ces climats
fortunés où la nature fournit largement à tous ses
besoins, il s’abandonne à l’oisiveté, et se nourrit
entièrement des fruits de la terre. Quels immenses

[22]
changemens ne doivent
pas apporter dans sa cons-
titution des genres de vie si différens, des alimens
si opposés! cependant ces dissemblances ne sont
que superficielles, le type de la forme intérieure
est général et demeure constamment le même.
titution des genres de vie si différens, des alimens
si opposés! cependant ces dissemblances ne sont
que superficielles, le type de la forme intérieure
est général et demeure constamment le même.
Le climat n’altère pas seulement les formes ex-
térieures de l’homme, il modifie tout son être, ses
mœurs, son intelligence, ses passions, ses sens;
et si ce n’était pas nous écarter de notre sujet
nous montrerions que nos connaissances, nos
lois, nos coutumes tiennent en grande partie au
sol.
térieures de l’homme, il modifie tout son être, ses
mœurs, son intelligence, ses passions, ses sens;
et si ce n’était pas nous écarter de notre sujet
nous montrerions que nos connaissances, nos
lois, nos coutumes tiennent en grande partie au
sol.
N’a-t-on pas observé que la bonté de la vue,
une extrême susceptibilité de l’odorat, la délica-
tesse du tact, la finesse de l’ouie, distinguent des
nations entières? et de la perfection de ce dernier
sens nous verrions peut être découler toutes les lan-
gues, qui ne pourraient bien être que des dialectes
d’un langage primitif, et la musique et même la
poésie sous plusieurs rapports. En effet, qu’est-ce
autre chose qu’une langue soumise à la délicatesse
de l’organe, à l’abondance des idées, et relative
aux objets qui nous environnent? Pleine de méta-
phores dans l’Orient, elle devient chez les Bar-
une extrême susceptibilité de l’odorat, la délica-
tesse du tact, la finesse de l’ouie, distinguent des
nations entières? et de la perfection de ce dernier
sens nous verrions peut être découler toutes les lan-
gues, qui ne pourraient bien être que des dialectes
d’un langage primitif, et la musique et même la
poésie sous plusieurs rapports. En effet, qu’est-ce
autre chose qu’une langue soumise à la délicatesse
de l’organe, à l’abondance des idées, et relative
aux objets qui nous environnent? Pleine de méta-
phores dans l’Orient, elle devient chez les Bar-

[23]
des écossais, comme leurs montagnes, grande, gi-
gantesque et monotone. Cette teinte particulière,
ce goût de terroir qui se conserve au milieu des
progrès de la civilisation, caractérisent l’homme,
et le marquent en quelque sorte au coin du pays
qui l’a vu naître.
gantesque et monotone. Cette teinte particulière,
ce goût de terroir qui se conserve au milieu des
progrès de la civilisation, caractérisent l’homme,
et le marquent en quelque sorte au coin du pays
qui l’a vu naître.
L’amour fermente avec plus de force sous un ciel
brûlant, et la polygamie est établie chez les peu-
ples d’Orient, dès les temps les plus reculés, tan-
dis que l’habitant du nord s’est toujours borné au
choix d’une compagne? La Jalousie, fille de l’A-
mour, suit la même marche que lui, et devient
plus dominante à mesure qu’on s’approche davan-
tage des régions méridionales.
brûlant, et la polygamie est établie chez les peu-
ples d’Orient, dès les temps les plus reculés, tan-
dis que l’habitant du nord s’est toujours borné au
choix d’une compagne? La Jalousie, fille de l’A-
mour, suit la même marche que lui, et devient
plus dominante à mesure qu’on s’approche davan-
tage des régions méridionales.
Une mémoire exequise caractérise les peuples
d’Europe et d’Asie, et aucune nation n’a mieux
transmis les traditions historiques.
d’Europe et d’Asie, et aucune nation n’a mieux
transmis les traditions historiques.
L’Imagination, pour ainsi dire enfant de la
Mémoire, comme celle-ci l’est de nos sensations,
devient plus brillante du nord au sud, et aug-
mente en proportion de l’agrément, de la beauté,
de la richesse et de la douceur des climats. N’a-
percevons-nous pas aussi que les passions sont
très-exaltées, tandis que leur voix cesse d’être im-
Mémoire, comme celle-ci l’est de nos sensations,
devient plus brillante du nord au sud, et aug-
mente en proportion de l’agrément, de la beauté,
de la richesse et de la douceur des climats. N’a-
percevons-nous pas aussi que les passions sont
très-exaltées, tandis que leur voix cesse d’être im-

[24]
périeuse pour l’homme des
contrées glaciales;
amoindri dans tout son être.
amoindri dans tout son être.
Qu’est-il donc besoin de recourir à plusieurs
espèces dans la race humaine, pour expliquer des
nuances plus ou moins obscures de la couleur de la
peau, des cheveux plus ou moins frisés, quand
nous voyons l’homme ainsi modifié, au morale et
au physique, par l’action des climats divers.
espèces dans la race humaine, pour expliquer des
nuances plus ou moins obscures de la couleur de la
peau, des cheveux plus ou moins frisés, quand
nous voyons l’homme ainsi modifié, au morale et
au physique, par l’action des climats divers.
S’il nous était permis ici de consulter l’histoire,
les religions, les sciences, les arts, les langues
et les écritures alphabétiques, tout nous annon-
cerait que l’espèce humaine ne forme qu’une seule
et même race: c’est ce qu’a prouvé M. William
Jones à l’égard des peuples de l’Asie et des nations
les plus célèbres de cette partie du monde. Nous
découvririons les rapports les plus frappans entre
la religion indienne et celle des Egyptiens, des
Perses, des Hebreux, des Grecs et des autres
peuples occidentaux, et ses coutumes nous sem-
bleraient aussi antiques que les nations qui nous
les offrent. Nous les verrions adorer les mêmes
dieux, les honorer par des cérémonies sembla-
bles, les représenter sous les mêmes symboles.
Partout le triangle nous offrirait l’emblème de
les religions, les sciences, les arts, les langues
et les écritures alphabétiques, tout nous annon-
cerait que l’espèce humaine ne forme qu’une seule
et même race: c’est ce qu’a prouvé M. William
Jones à l’égard des peuples de l’Asie et des nations
les plus célèbres de cette partie du monde. Nous
découvririons les rapports les plus frappans entre
la religion indienne et celle des Egyptiens, des
Perses, des Hebreux, des Grecs et des autres
peuples occidentaux, et ses coutumes nous sem-
bleraient aussi antiques que les nations qui nous
les offrent. Nous les verrions adorer les mêmes
dieux, les honorer par des cérémonies sembla-
bles, les représenter sous les mêmes symboles.
Partout le triangle nous offrirait l’emblème de

[25]
ces trois pouvoirs, créer,
conserver et détruire;
delà les trois têtes sur la figure des Dieux dans
tout l’orient, le Jupiter tricéphale chez les Grecs,
le serpent annoncerait le pouvoir qui donne la vie
aux hommes. Nous verirons dans la pagode d’Elé-
phanta-Vichenou, à qui Brama son père dit
de développer toutes les vies qu’il a dans son
sein, tenir à sa main le serpent; l’œuf du monde dans
la gueule du serpent, symbole du cneph des Egyp-
ptiens, et ce reptile entourer encore l’œuf du monde
dans les médailles pheniciennes et grecqeus.
delà les trois têtes sur la figure des Dieux dans
tout l’orient, le Jupiter tricéphale chez les Grecs,
le serpent annoncerait le pouvoir qui donne la vie
aux hommes. Nous verirons dans la pagode d’Elé-
phanta-Vichenou, à qui Brama son père dit
de développer toutes les vies qu’il a dans son
sein, tenir à sa main le serpent; l’œuf du monde dans
la gueule du serpent, symbole du cneph des Egyp-
ptiens, et ce reptile entourer encore l’œuf du monde
dans les médailles pheniciennes et grecqeus.
Nous verrions la ressemblance entre le système
occidental et l’oriental, s’étendre jusque dans le
nord de l’Europe, et l’office et le pouvoir des
Druides différer peu de celui des Brahmes dans
l’Inde. Nous trouverions que les Etrusques de
qui les Romains ont tiré la plus grande partie de
leur doctrine et de leur religion, avaient un sys-
tème qui rapprochait beaucoup de celui des Perses
et des Indiens, et qu’ils écrivaient comme eux al-
ternativement à droite et à gauche (Diss. relat. et
asia t. 2. p. 348.)
occidental et l’oriental, s’étendre jusque dans le
nord de l’Europe, et l’office et le pouvoir des
Druides différer peu de celui des Brahmes dans
l’Inde. Nous trouverions que les Etrusques de
qui les Romains ont tiré la plus grande partie de
leur doctrine et de leur religion, avaient un sys-
tème qui rapprochait beaucoup de celui des Perses
et des Indiens, et qu’ils écrivaient comme eux al-
ternativement à droite et à gauche (Diss. relat. et
asia t. 2. p. 348.)
Il n’est pas étonnant, sans doute, que des
hommes, sans communiquer entr’eux, adorent
hommes, sans communiquer entr’eux, adorent

[26]
également le soleil, la lune, les étoiles; qu’ils’
imaginent de profondes cavernes, des bois épais
fréquentés par des esprits, et des rivières qui ont
chacune son génie, sa divinité particulière; mais
qu’ils se rencontrent inventer les mêmes cérémo-
nies pour adorer leurs Dieux, et surtout qu’ils
leur assignent les mêmes attributs, les mêmes
noms, voilà ce qui ne peut être l’effet du ha-
sard.
imaginent de profondes cavernes, des bois épais
fréquentés par des esprits, et des rivières qui ont
chacune son génie, sa divinité particulière; mais
qu’ils se rencontrent inventer les mêmes cérémo-
nies pour adorer leurs Dieux, et surtout qu’ils
leur assignent les mêmes attributs, les mêmes
noms, voilà ce qui ne peut être l’effet du ha-
sard.
Les recherches les plus profondes en littéra-
ture, nous démontreraient donc, comme celles
en histoire naturelle, l’unité du genre humain.
Heureux si j’ai pu resserrer les liens de cette fa-
mille désunie, et détruire ce préjugé barbare qui
outrage la nature en persuadant qu’elle a créé
des hommes pour ramper servilement sous d’au-
tres hommes. Quelqu’abject que paraisse ton rang,
homme, connais la dignité de ton être: tu marches
l’égal des plus orgueilleux potentats, et ce front
auguste, fait pour contempler les cieux, ne doit
s’incliner que devant le Créateur de cet immense
univers.
ture, nous démontreraient donc, comme celles
en histoire naturelle, l’unité du genre humain.
Heureux si j’ai pu resserrer les liens de cette fa-
mille désunie, et détruire ce préjugé barbare qui
outrage la nature en persuadant qu’elle a créé
des hommes pour ramper servilement sous d’au-
tres hommes. Quelqu’abject que paraisse ton rang,
homme, connais la dignité de ton être: tu marches
l’égal des plus orgueilleux potentats, et ce front
auguste, fait pour contempler les cieux, ne doit
s’incliner que devant le Créateur de cet immense
univers.

[27]
Monsieur,
A combien de titres vous appartient la
dédicace de cet ouvrage; la reconnais-
sance me faisait déjà souhaiter ardem-
ment de pouvoir un jour vous donner un
témoignage public de ma gratitude, et
c’est encore à vos soins que cette nouvelle
édition doit la plus grande partie des
avantages qu’elle a sur les précédentes.
dédicace de cet ouvrage; la reconnais-
sance me faisait déjà souhaiter ardem-
ment de pouvoir un jour vous donner un
témoignage public de ma gratitude, et
c’est encore à vos soins que cette nouvelle
édition doit la plus grande partie des
avantages qu’elle a sur les précédentes.
Depuis plusieurs années vous n’avez
épargné ni peine ni dépense pour enrichir
ma collection des crânes les plus rares
des peuples d’Amérique et des insulaires
de l’océan austral, qui étaient surtout
l’objet de mes desirs. Lors de mon séjour
à Londres, il y trois ans, vous m’aban-
donnâtes le plus entier usage des richesses
de votre muséum, relatives à l’anthropo-
logie: vous avez laissé sans réserve à ma
disposition les trésors encore inédits de
votre bibliothèque, tels que peintures et
épargné ni peine ni dépense pour enrichir
ma collection des crânes les plus rares
des peuples d’Amérique et des insulaires
de l’océan austral, qui étaient surtout
l’objet de mes desirs. Lors de mon séjour
à Londres, il y trois ans, vous m’aban-
donnâtes le plus entier usage des richesses
de votre muséum, relatives à l’anthropo-
logie: vous avez laissé sans réserve à ma
disposition les trésors encore inédits de
votre bibliothèque, tels que peintures et

[28]
dessins d’après nature de la main des plus
plus habiles artistes. J’ai été le maître
d’en prendre copie, comme de décrire tout
ce qui me convenait; aidé par de si puis-
sans secours, j’ai pu, en reimprimant cet
ouvrage, l’augmenter considérablement,
et ils m’ont mis en état d’assurer, sans
craindre d’être accusé de jactance, qu’il
a été composé sur la nature même.
plus habiles artistes. J’ai été le maître
d’en prendre copie, comme de décrire tout
ce qui me convenait; aidé par de si puis-
sans secours, j’ai pu, en reimprimant cet
ouvrage, l’augmenter considérablement,
et ils m’ont mis en état d’assurer, sans
craindre d’être accusé de jactance, qu’il
a été composé sur la nature même.
Recevez donc, Monsieur, l’hommage
d’un livre qui vous appartient en grande
partie. Son titre m’est un garant de l’in-
térêt qu’il vous inspirera. La section d’his-
toire naturelle qu’il embrasse ne le cède
à aucune autre pour l’importance, et je
m’étonne qu’elle soit si long-temps de-
meurée dans l’oubli.
d’un livre qui vous appartient en grande
partie. Son titre m’est un garant de l’in-
térêt qu’il vous inspirera. La section d’his-
toire naturelle qu’il embrasse ne le cède
à aucune autre pour l’importance, et je
m’étonne qu’elle soit si long-temps de-
meurée dans l’oubli.
L’immortel Linné eut la gloire d’avoir
le premier essaiyé dans son Système de la
Nature, de ramener le genre humain, pour
ce qui a rapport aux différens peuples, à
des variétés constantes: il fit tout ce qu’on
pouvait attendre alors, et donna aux qua-
tre parties de la terre des races parti-
culières.
le premier essaiyé dans son Système de la
Nature, de ramener le genre humain, pour
ce qui a rapport aux différens peuples, à
des variétés constantes: il fit tout ce qu’on
pouvait attendre alors, et donna aux qua-
tre parties de la terre des races parti-
culières.

[29]
Mais vos découvertes en procurans des
notions plus exactes sur les peuples dis-
persés dans l’océan austral, ont fait sen-
tir l’insuffisance des divisions admises par
ce grand homme. Je me suis donc écarté
de l’ordre qu’il suivit, et guidé surtout par
la sagacité de vos observations, j’ai ra-
mené les variétés de l’espèce humaine
plus près de la vérité de la nature.
notions plus exactes sur les peuples dis-
persés dans l’océan austral, ont fait sen-
tir l’insuffisance des divisions admises par
ce grand homme. Je me suis donc écarté
de l’ordre qu’il suivit, et guidé surtout par
la sagacité de vos observations, j’ai ra-
mené les variétés de l’espèce humaine
plus près de la vérité de la nature.
J’ai cru devoir aussi substituer au sys-
tème artificiel de classification des mammi-
fères, d’après les dents, un système plus
naturel fondé sur l’universalité de leur
manière d’être. Sans doute la méthode de
Linné suffisait au temps où il écrivit;
mais aujourd’hui la connaissance d’un
grand nombre d’espèces nouvelles la rend
défectueuse et sujette à beaucoup d’ex-
ceptions.
tème artificiel de classification des mammi-
fères, d’après les dents, un système plus
naturel fondé sur l’universalité de leur
manière d’être. Sans doute la méthode de
Linné suffisait au temps où il écrivit;
mais aujourd’hui la connaissance d’un
grand nombre d’espèces nouvelles la rend
défectueuse et sujette à beaucoup d’ex-
ceptions.
Je suis très-loin cependant de partager
l’opinion de ceux qui se sont complu à
imaginer, surtout dans ces derniers temps,
je ne sais quelle continuité ou gradation,
dans la marche de la nature, et qui at-
tachent la profonde sagesse du Créateur et
la perfection de la création à ce que la
l’opinion de ceux qui se sont complu à
imaginer, surtout dans ces derniers temps,
je ne sais quelle continuité ou gradation,
dans la marche de la nature, et qui at-
tachent la profonde sagesse du Créateur et
la perfection de la création à ce que la

[30]
nature ne fait point, comme ils disent,
de sauts; mais que les corps qui consti-
tuent ses trois règnes, sont comme les an-
neaux divers d’une même chaîne. En con-
sidérant les choses sans préjugé, il devient
de toute évidence qu’il existe dans le règne
animal des classes entières, comme les oi-
seaux, et des genres, comme les Seiches, qui
ne peuvent naturellement entrer dans un pa-
reil arrangement par des gradations symé-
triques. D’un autre côté il est des genres
d’animaux, les Gyallinsectes, par exemple,
où l’on trouve une si grande différence entre
le mâle et la femelle que, pour suivre cet
ordre, il faudrait les éloigner extrémement
l’un de l’autre, et assigner une place très-
différente aux sexes de même espèce. Les
coupures qui séparent, de la manière la
plus tranchée, les règnes de la nature, lais-
seraient encore dans cette chaîne des hiatus
considérables; quoiqu’un examen impartial
me fasse refuser à la doctrine touchant la
gradation des êtres, l’importance qu’y at-
tache généralement un physique théologique.
Je reconnais cependant son utilité comme
de sauts; mais que les corps qui consti-
tuent ses trois règnes, sont comme les an-
neaux divers d’une même chaîne. En con-
sidérant les choses sans préjugé, il devient
de toute évidence qu’il existe dans le règne
animal des classes entières, comme les oi-
seaux, et des genres, comme les Seiches, qui
ne peuvent naturellement entrer dans un pa-
reil arrangement par des gradations symé-
triques. D’un autre côté il est des genres
d’animaux, les Gyallinsectes, par exemple,
où l’on trouve une si grande différence entre
le mâle et la femelle que, pour suivre cet
ordre, il faudrait les éloigner extrémement
l’un de l’autre, et assigner une place très-
différente aux sexes de même espèce. Les
coupures qui séparent, de la manière la
plus tranchée, les règnes de la nature, lais-
seraient encore dans cette chaîne des hiatus
considérables; quoiqu’un examen impartial
me fasse refuser à la doctrine touchant la
gradation des êtres, l’importance qu’y at-
tache généralement un physique théologique.
Je reconnais cependant son utilité comme

[31]
moyen de faciliter l’étude de l’histoire na-
turelle.
turelle.
Elle forme comme la base de tout système
naturel dans lequel la place des êtres est dé-
terminée d’après l’habitude générale et le
plus grand nombre de rapports, tandis que
dans un système artificiel la classification
ne roule que sur un seul caractère particu-
lier.
naturel dans lequel la place des êtres est dé-
terminée d’après l’habitude générale et le
plus grand nombre de rapports, tandis que
dans un système artificiel la classification
ne roule que sur un seul caractère particu-
lier.
Comme un système naturel établi sur ces
principes soulage infiniment la mémoire en
même temps qu’il éveille le jugement, il mé-
rite sans contredit la préférence. J’ai donc
donné tous mes soins pour distribuer d’a-
près cet ordre naturel la classe des mammi-
fères, les nombreuses découvertes d’espèces
nouvelles apportant chaque jour des ano-
malies et des exceptions plus choquantes à
la méthode artificielle de Linné, basée sur
les dents.
principes soulage infiniment la mémoire en
même temps qu’il éveille le jugement, il mé-
rite sans contredit la préférence. J’ai donc
donné tous mes soins pour distribuer d’a-
près cet ordre naturel la classe des mammi-
fères, les nombreuses découvertes d’espèces
nouvelles apportant chaque jour des ano-
malies et des exceptions plus choquantes à
la méthode artificielle de Linné, basée sur
les dents.
Il suffit d’en citer quelques exemples.
Nous connaissons deux espèces de Rhinocé-
ros, qui se ressemblent parfaitement par l’ha-
bitude extérieure mais dont les dents sont
si différentes que, suivant la classification
Nous connaissons deux espèces de Rhinocé-
ros, qui se ressemblent parfaitement par l’ha-
bitude extérieure mais dont les dents sont
si différentes que, suivant la classification

[32]
Linnéenne, on rangerait l’un parmi les
Belluæs et l’autredans les Glires.
Belluæs et l’autredans les Glires.
De même le cochon d’Ethiopie, dépourvu
de dents incisives, ne devrait pas compter
parmi les Belluæ mais être au nombre des
Brutes.
de dents incisives, ne devrait pas compter
parmi les Belluæ mais être au nombre des
Brutes.
Je ne parle pas des Fourmilliers dentés
d’Afrique, ni de plusieurs Makis (indris et
laniger ); cependant, d’après l’anomalie
de leurs dents, les premiers ne pourraient
plus trouver place parmi les édentés, ni les
seconds parmi les Makis.
d’Afrique, ni de plusieurs Makis (indris et
laniger
Le professeur Geofroi a fait deux gen-
res distincts des Indris et des Makis. (Note
du Trad.
res distincts des Indris et des Makis. (Note
du Trad.
de leurs dents, les premiers ne pourraient
plus trouver place parmi les édentés, ni les
seconds parmi les Makis.
Pour remédier à cette confusion, qui de
l’avis général est une source de difficultés
dans l’étude de la zoologie, je me suis effor-
cé de ranger dans dix ordres naturels tous
les mammifères. Comme ils m’ont plusieurs
fois occupé dans le cours de cet ouvrage,
j’ai cru devoir joindre ici le tableau de cette
distribution.
l’avis général est une source de difficultés
dans l’étude de la zoologie, je me suis effor-
cé de ranger dans dix ordres naturels tous
les mammifères. Comme ils m’ont plusieurs
fois occupé dans le cours de cet ouvrage,
j’ai cru devoir joindre ici le tableau de cette
distribution.
I. Les Bimanes.
1. l’homme.

[33]
II. Les Quadrumanes.
2. les singes.
3. les babouins.
4. les guénous.
5. les makis.
III. Les Bradipodes.
6. les paresseux.
7. Les fourmilliers.
8. les pangolins.
9. les tatous ,
Je suis bien éloigné d’avoir la manie de
forger de noms nouveaux, pour les substituer
à ceux consacrés par une longue habitude, et
je pense même que ces fabricateurs de nomen-
clatures ont été une vraie calamité pour l’his-
toire naturelle. Je me suis donc très-rarement
écarté de la terminologie de Linné, et seule-
ment lorsque les noms qu’il donne induisent
bien évidemment à des notions fausses. J’ai
donc rétabli le nom générique Tatou et rejeté
le nom Dasypus adopté par Linné, parcequ’au-
cune raison ne pouvait le défendre. On sait en
effet que ce nom grec désigne un animal à
pied velu, et que les anciens l’avaient donné
pour cela au lièvre et au lapin, dont la plante
des pieds est même couverte de poils; mais
il ne convient en aucune façon à ces animaux
d’un nouvel hémisphère qui sont couverts d’une
sorte de cuirasse.
forger de noms nouveaux, pour les substituer
à ceux consacrés par une longue habitude, et
je pense même que ces fabricateurs de nomen-
clatures ont été une vraie calamité pour l’his-
toire naturelle. Je me suis donc très-rarement
écarté de la terminologie de Linné, et seule-
ment lorsque les noms qu’il donne induisent
bien évidemment à des notions fausses. J’ai
donc rétabli le nom générique Tatou et rejeté
le nom Dasypus adopté par Linné, parcequ’au-
cune raison ne pouvait le défendre. On sait en
effet que ce nom grec désigne un animal à
pied velu, et que les anciens l’avaient donné
pour cela au lièvre et au lapin, dont la plante
des pieds est même couverte de poils; mais
il ne convient en aucune façon à ces animaux
d’un nouvel hémisphère qui sont couverts d’une
sorte de cuirasse.
Je pense qu’on doit de même restituer dans
le genre des chauve-souris, le nom de vampire
à l’espcèe de l’Amérique australe que Linné ap-
pelle spectre, lorsqu’il nomme au contraire vam-
pire cette chauve-souris de l’Inde orientale et des
îles de l’océan austral connue vulgairement sous
le nom de chien volant. La dénomination de
vampire désigne un animal qui suce le sang et
convient parfaitement à la chauve-souris d’A-
mérique, que cette habitude rend dangereuse
pour les animaux et même pour l’homme, et
nullement à l’autre espèce qui est phytophage.
le genre des chauve-souris, le nom de vampire
à l’espcèe de l’Amérique australe que Linné ap-
pelle spectre, lorsqu’il nomme au contraire vam-
pire cette chauve-souris de l’Inde orientale et des
îles de l’océan austral connue vulgairement sous
le nom de chien volant. La dénomination de
vampire désigne un animal qui suce le sang et
convient parfaitement à la chauve-souris d’A-
mérique, que cette habitude rend dangereuse
pour les animaux et même pour l’homme, et
nullement à l’autre espèce qui est phytophage.

[34]
IV. Les Cheiroptères.
10. les chauves-souris.
V. Les Loires.
11. les écureuils.
12. les loirs.
13. les rats.
14. les marmottes.
15. les cabiais.
16. les lièvres.

[35]
17. les gerboises.
18. les castors.
19. les porc-épics,
VI. Les bêtes feroces.
20. les hérissons.
21. les musaraignes.
22. les taupes.
23. les didelphes.
24. les civettes.
25. les martres.
26. les loutres.
27. les phoques.
28. les blaireaux.
29. les ours.
30. les chiens.
31. les chats.
VII. Les Solipèdes.
32. les chevaux.
VIII. Les Troupeaux.
33. les chameaux.
34. les chèvres.
35. les gazelles.
36. les bœufs.
37. la giraffe.
38. les chevrotins.

[36]
IX. Les bêtes fauves.
40. les cochons.
41. le tapir.
42. les éléphans.
43. les rhinoceros.
44. l’hippopotame.
45. les morses.
X. Les Cetacés.
46. le nervale.
47. les baleines.
48. les chacalots.
49. les dauphins.
C’est avec un respect égal à ma con-
fiance que je soumets cet objet, et tous
ceux où j’ai cru devoir, dans cet ouvrage,
m’écarter de l’opinion des autres, au ju-
gement du savant qu’une des sociétés les
plus illustres, la société royale des scien-
ces, s’honore d’avoir pour président.
fiance que je soumets cet objet, et tous
ceux où j’ai cru devoir, dans cet ouvrage,
m’écarter de l’opinion des autres, au ju-
gement du savant qu’une des sociétés les
plus illustres, la société royale des scien-
ces, s’honore d’avoir pour président.
Gottingue, 11 avril 1795.
EXPLICATION DES PLANCHES.

[37]
Planche première.
Elle offre un Tableau sinoptique,
propre à donner une parfaite intelligence
de la règle verticale, dont il est parlé
page 215.
propre à donner une parfaite intelligence
de la règle verticale, dont il est parlé
page 215.
La Figure première répond à la
Figure première de la planche
deux.
Figure première de la planche
deux.
La Figure deux à la Figure trois.
La Figure trois à la Figure cinq.
Planche II.
Les cinq Crânes très intéressans qui
y sont représeutés font partie de ma
Collection, et donnent la connaissance
y sont représeutés font partie de ma
Collection, et donnent la connaissance

[38]
des caractères distinctifs
des cinq Varié-
tés pincipales du genre humain, dont il
est parlé page 216.
tés pincipales du genre humain, dont il
est parlé page 216.
Figure première.
Ce Crâne appartenait à un Tongous,
du nombre de ceux appelés vulgairement
(Rehnthier-Tungusen.) Il se nommait
Tschevvin Amureevv, de la horde de Gil-
gegirsk, et habitait à 300 verstes de
Bergen. Il se coupa la gorge en 1791.
Schilling, chirurgien principal de VVer-
chnelldinsk fut envoyé pour constater,
d’après la loi, la cause et le genre de mort.
Il donna au recommandable L. B. de Asch,
le crâne de ce Tartare.
du nombre de ceux appelés vulgairement
(Rehnthier-Tungusen.) Il se nommait
Tschevvin Amureevv, de la horde de Gil-
gegirsk, et habitait à 300 verstes de
Bergen. Il se coupa la gorge en 1791.
Schilling, chirurgien principal de VVer-
chnelldinsk fut envoyé pour constater,
d’après la loi, la cause et le genre de mort.
Il donna au recommandable L. B. de Asch,
le crâne de ce Tartare.
Figure II.
Ce dessin est fait d’aprè le crâne d’un
chef de Caraïbes del’Ille St.-Vincent. Huit
ans après la mort de ce sauvage, l’illus-
chef de Caraïbes del’Ille St.-Vincent. Huit
ans après la mort de ce sauvage, l’illus-

[39]
tre Banks ayant désiré son crâne, le
célèbre Anderson, directeur du Jardin
Royal, dans cette contree, le fit ex-
humer.
célèbre Anderson, directeur du Jardin
Royal, dans cette contree, le fit ex-
humer.
Figure III.
Elle offre le crâne d’une jeune Géor-
gienne, prise par les Russes dans la der-
nière guerre avec la Porte. Conduite à
Moskovv elle y mourut subitement. Hil-
tebrandt, professeur d’anatomie dans
cette ville fut chargé de rechercher la
cause de cette mort. L’élégance de la
forme de ce crâne le lui fit soigneuse-
ment conserver. Il l’envoya à Pétersbourg,
à l’illustre de Asch.
gienne, prise par les Russes dans la der-
nière guerre avec la Porte. Conduite à
Moskovv elle y mourut subitement. Hil-
tebrandt, professeur d’anatomie dans
cette ville fut chargé de rechercher la
cause de cette mort. L’élégance de la
forme de ce crâne le lui fit soigneuse-
ment conserver. Il l’envoya à Pétersbourg,
à l’illustre de Asch.
Figure IV.
Elle représente un Crâne d’Otaï-tie,
rapporté sur la demande de M. Banks, par
le brave Capitaine Guil. Bligh, dans le
mémorable voyage où il transporta des îles
rapporté sur la demande de M. Banks, par
le brave Capitaine Guil. Bligh, dans le
mémorable voyage où il transporta des îles

[40]
de l’Occéan Austral, dans les Indes Occi-
dentales, des drageons de l’arbre à pain.
dentales, des drageons de l’arbre à pain.
Figure V.
Ce dessin a été fait d’après le crâne
d’une Négresse de Guinée. Elle mourut à
Amsterdam, âgée de 28 ans. Steph. Jo.
Van Geuns, Professeur de médecine à
Utrecht, la soumit au couteau anatomique.
d’une Négresse de Guinée. Elle mourut à
Amsterdam, âgée de 28 ans. Steph. Jo.
Van Geuns, Professeur de médecine à
Utrecht, la soumit au couteau anatomique.
SECTION PREMIÈRE.
DIFFÉRENCE DE L’HOMME AUX
ANIMAUX.

[37]
§ 1.
Difficulté de cette recherche.
Dès qu’on se propose d’écrire sur
les
variétés de l’espèce humaine, et d’indi-
quer les traits qui les séparent, les pre-
mières recherches doivent se porter sur
les caractères qui distinguent l’homme
des animaux. Mais il arrive ici ce qui se
voit le plus souvent en histoire naturelle,
surtout dans la Zoologie, qu’on reconnaît
beaucoup plutôt au premier coup d’œil,
une espèce de celles qui l’avoisinent,
qu’on n’en énonce la phrase distinctive.
Nous ne confondons pas le rat avec la
souris, le lapin avec le lièvre, et cependant
il est difficile de décrire ces signes carac-
variétés de l’espèce humaine, et d’indi-
quer les traits qui les séparent, les pre-
mières recherches doivent se porter sur
les caractères qui distinguent l’homme
des animaux. Mais il arrive ici ce qui se
voit le plus souvent en histoire naturelle,
surtout dans la Zoologie, qu’on reconnaît
beaucoup plutôt au premier coup d’œil,
une espèce de celles qui l’avoisinent,
qu’on n’en énonce la phrase distinctive.
Nous ne confondons pas le rat avec la
souris, le lapin avec le lièvre, et cependant
il est difficile de décrire ces signes carac-

[38]
téristiques qui nous les
font distinguer de
suite et frappent tous les yeux. Notre
ouvrage présente les mêmes obstacles; les
plus habiles naturalistes l’ont déclaré avec
candeur. Linné lui-même, cet immortel
génie qui semble avoir été produit pour
caractériser et réduire en un système ré-
gulier tous les objets d’histoire naturelle,
a dit dans la préface de sa Faune suédoise:
Il est des plus difficile de découvrir le
caractère spécifique de l’homme; bien plus,
il avoue qu’il n’a trouvé aucun caractère
qui marque la différence du singe à l’homme:
il s’étonne, dans son Système de la Nature,
que le singe le plus pétulant diffère si peu
du plus sage des humains, qu’on n’a pu
poser encore les bornes qui séparent ces
deux espèces. En effet, il n’assigna point
à l’homme un caractère spécifique, et
plaça le Gibbon (simia longimana) dans
la même série que lui.
suite et frappent tous les yeux. Notre
ouvrage présente les mêmes obstacles; les
plus habiles naturalistes l’ont déclaré avec
candeur. Linné lui-même, cet immortel
génie qui semble avoir été produit pour
caractériser et réduire en un système ré-
gulier tous les objets d’histoire naturelle,
a dit dans la préface de sa Faune suédoise:
Il est des plus difficile de découvrir le
caractère spécifique de l’homme; bien plus,
il avoue qu’il n’a trouvé aucun caractère
qui marque la différence du singe à l’homme:
il s’étonne, dans son Système de la Nature,
que le singe le plus pétulant diffère si peu
du plus sage des humains, qu’on n’a pu
poser encore les bornes qui séparent ces
deux espèces. En effet, il n’assigna point
à l’homme un caractère spécifique, et
plaça le Gibbon (simia longimana) dans
la même série que lui.
§ 2.
Plan de cet Ouvrage.
Voici l’ordre que je suivrai en décri-

[39]
vant les différences qui
distinguent
l’homme des animaux.
l’homme des animaux.
1°. Celles qui ont rapport à sa con-
formation extérieure m’occuperont d’a-
bord.
formation extérieure m’occuperont d’a-
bord.
2°. Celles qui tiennent à sa structure
interne.
interne.
3°. Aux fonctions de l’économie ani-
male.
male.
4°. Aux qualités de l’esprit.
5°. Je dirai un mot des maladies
propres à l’espèce humaine.
propres à l’espèce humaine.
6°. J’examinerai les caractères regar-
dés d’ordinaire, mais sans fondement,
comme propres à faire distinguer l’hom-
me de la brute.
dés d’ordinaire, mais sans fondement,
comme propres à faire distinguer l’hom-
me de la brute.

[40]
§ 3.
I. Conformation
extérieure.
Je rapporte à la conformation extérieure
des caractères, qui, quoique tenant à la
structure du squelette, se manifestent
cependant à l’habitude extérieure du corps.
Si l’on considère, surtout dans leur ensem-
ble, ceux qui suivent, ils paraîtront suffire
pour caractériser l’espèce humaine:
des caractères, qui, quoique tenant à la
structure du squelette, se manifestent
cependant à l’habitude extérieure du corps.
Si l’on considère, surtout dans leur ensem-
ble, ceux qui suivent, ils paraîtront suffire
pour caractériser l’espèce humaine:
A. Station verticale.
B. Bassin large, déprimé.
C. Deux mains,
D. Dents rapprochées également en-
tre elles.
tre elles.
On pourra facilement rapporter à ces
points les autres particularités extérieures
du corps humain. Je vais m’occuper de
chacun d’eux en particulier.
points les autres particularités extérieures
du corps humain. Je vais m’occuper de
chacun d’eux en particulier.
Digitalisat/336