link
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[41]

§ 1.
Difficulté de cette recherche.

Dès qu’on se propose d’écrire sur les
variétés de l’espèce humaine, et d’indi-
quer les traits qui les séparent, les pre-
mières recherches doivent se porter sur
les caractères qui distinguent l’homme
des animaux. Mais il arrive ici ce qui se
voit le plus souvent en histoire naturelle,
surtout dans la Zoologie, qu’on reconnaît
beaucoup plutôt au premier coup d’œil,
une espèce de celles qui l’avoisinent,
qu’on n’en énonce la phrase distinctive.
Nous ne confondons pas le rat avec la
souris, le lapin avec le lièvre, et cependant
il est difficile de décrire ces signes carac-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[42]
téristiques qui nous les font distinguer de
suite et frappent tous les yeux. Notre
ouvrage présente les mêmes obstacles; les
plus habiles naturalistes l’ont déclaré avec
candeur. Linné lui-même, cet immortel
génie qui semble avoir été produit pour
caractériser et réduire en un système ré-
gulier tous les objets d’histoire naturelle,
a dit dans la préface de sa Faune suédoise:
Il est des plus difficile de découvrir le
caractère spécifique de l’homme; bien plus,
il avoue qu’il n’a trouvé aucun caractère
qui marque la différence du singe à l’homme:
il s’étonne, dans son Système de la Nature,
que le singe le plus pétulant diffère si peu
du plus sage des humains, qu’on n’a pu
poser encore les bornes qui séparent ces
deux espèces. En effet, il n’assigna point
à l’homme un caractère spécifique, et
plaça le Gibbon (simia longimana) dans
la même série que lui.

§ 2.
Plan de cet Ouvrage.

Voici l’ordre que je suivrai en décri-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[43]
vant les différences qui distinguent
l’homme des animaux.
1°. Celles qui ont rapport à sa con-
formation extérieure m’occuperont d’a-
bord.
2°. Celles qui tiennent à sa structure
interne.
3°. Aux fonctions de l’économie ani-
male.
4°. Aux qualités de l’esprit.
5°. Je dirai un mot des maladies
propres à l’espèce humaine.
6°. J’examinerai les caractères regar-
dés d’ordinaire, mais sans fondement,
comme propres à faire distinguer l’hom-
me de la brute.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[44]

§ 3.
I. Conformation extérieure.

Je rapporte à la conformation extérieure
des caractères, qui, quoique tenant à la
structure du squelette, se manifestent
cependant à l’habitude extérieure du corps.
Si l’on considère, surtout dans leur ensem-
ble, ceux qui suivent, ils paraîtront suffire
pour caractériser l’espèce humaine:
A. Station verticale.
B. Bassin large, déprimé.
C. Deux mains.
D. Dents rapprochées également en-
tre elles.
On pourra facilement rapporter à ces
points les autres particularités extérieures
du corps humain. Je vais m’occuper de
chacun d’eux en particulier.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[45]

§ 4.
A) Station verticale.

Il faut démontrer:
1°. Que la station verticale est appro-
priée à la structure de l’homme.
2°. Qu’elle lui est exclusive: ceci de-
vient évident plus bas (V. §. 10.)
La première de ces propositions se prouve
à priori, par la structure même de l’homme,
à posteriori, par le témoignage unanime
de toutes les nations. Il devient inutile
de s’arrêter plus long-temps sur ce sujet,
malgré l’argument que fournissent les en-
fans qui, vivant parmi les quadrupèdes, en
ont conservé la démarche dans l’âge
adulte. En effet, pour peu qu’on y fasse
attention, on s’aperçoit que rien n’est plus
opposé à la situation naturelle à l’homme.
Il serait aussi absurde de la dériver de
ces exemples, ainsi que son genre de vie,
que de prendre pour le type de la
structure humaine le produit de quel-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[46]
ques conceptions monstrueuses: d’ailleurs
si l’on recherche soigneusement les rela-
tions qu’on a données des enfans sau-
vages, on trouvera dans celles avérées,
qu’ils se tenaient habituellement debout.
Tel était Pierre Hamelen
cfr. conjunctiss. Voigt Magazin fur Phy-
sik und Naturgesch. Tom. IV. P. III. pag. 91.
Et (Monboddo) antient metaphysics T. III.
Lond. 1784. 4. p. 57. et 367.
, (Peter the
wild boy, Juvenis Hanoveranus, Linn.)
la file sauvage
(de la Condamine) histoire d’une jeune
fille sauvage. Paris, 1761. 12.
, l’homme des Pyrénées
cfr. Leroy, sur l’exploitation de la mâture
dans les Pyrénées. Lond. 1776. 4. p. 8.
, etc. Au contraire l’histoire de ceux
regardés comme quadrupèdes, tels que
le jeune Irlandais, à qui Linné a donné
l’épithète d’Ovinus
Tulpius dans ses Observ. Med. rapporte,
qu’un jeune Irlandais, agé de 16 ans, elevé
au milieu des brebis sauvages, en avait en quel-
que sorte contracté la nature: – L’aspect fa-
ouche, rude, hardi et téméraire. Il vivait au
milieu des rochers, dans les lieux les plus dé-
serts, était aussi sauvage qu’eux.
Est-il des brebis sauvages en Irlande? qu’est-
ce qu’une nature de brebis? est-elle féroce et
indomptable? Si l’on soumet cette histoire à
la critique, on sera convaincu que ce jeune idiot
n’avait pas plus été élevé au milieu des ani-
maux sauvages, que celui qu’on faisait passer
pour un Esquimau n’appartenait, aux indigènes
des terres de Labrador. (Recherches phil. sur les
Américains. T. I. p. 258).
, offre des circons-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[47]
tances qui les rendent très-douteuses. Sans
doute que le sauvage raisonnable, dont
parle ce naturaliste (S. N. ed. XII. T. I.
p. 28) ne marchait pas plus à quatre
pieds qu’il n’avait le corps recouvert de
fourrure comme un animal.

§ 5.
La structure de l’homme démontre que
la station verticale lui est naturelle.

Il est sans doute ennuyeux et pénible
de s’appesantir sur une proposition dont
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[48]
l’évidence se manifeste d’elle-même: ce-
pendant l’opinion contraire à la mienne,
de deux hommes de mérite, P. Moscati
et A. Schrage
Verhandeling over de Longteering dans son
journal intitulé Genees-Natuur-en Huishoud-
kundige Jaarboeken. T. III. P. I. p. 32.
. m’empêche de garder
entièrement le silence. Il me suffira néan-
moins de rapporter quelques-unes, des
raisons en ma faveur.
La longueur respective du tronc et
des extrémités démontre au premier
coup-d’œil, que la nature a formé l’homme
pour qu’il gardât la station verticale.
Je ne partage pas cependant l’opinion
de Daubenton, quand il assure, qu’ex-
cepté l’homme, aucun animal n’a les ex-
trémités inférieures aussi longues que
le tronc et la tête
Mémoires de l’Académie des Sciences de
Paris. 1764. p. 569.
, pris ensemble.
Plusieurs mammifères, comme le gibbon,
la gerboise du Cap, sont des exemples du
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[49]
contraire, la structure de l’homme s’op-
pose évidemment à ce qu’il puisse ja-
mais prendre la démarche des quadru-
pèdes. Les enfans même ne s’avancent dans
cette attitude que les genoux fléchis,
quoiqu’à cet âge les extrémités infé-
rieures soient proportionnellement plus
courtes
La disposition des parties de l’enfant prouve
qu’il est peu propre à la station verticale. Sa
tête, proportion gardée, est plus volumineuse
que celle de l’adulte; les muscles destinés à
l’étendre sont peu exercés, tandis que ceux qui
la fléchissent étaient tous en action dans le fétus.
Les vertèbres n’ont pas d’apophises épineuses,
de manière que la tête doit nécessairement tom-
ber sur la poitrine, et agissant alors sur la co-
lonne épinière comme sur l’extrémité d’un le-
vier, entraîner facilement le corps en avant: à
cette époque de la vie le thorax est très-étroit,
bombé en avant; son centre de gravité est fort
en arrière. Les extrémités inférieures, dépour-
vues d’apophises, sont presque parallèles à la
colonne; le centre de gravité du corps est
beaucoup plus haut qu’à un âge plus avancé,
et parconséquent beaucoup plus éloigné de la
base sur laquelle l’enfant repose. La colonne ver-
tébrale ne décrit pas ces courbures qui s’oppo-
sent à ce que le centre de gravité ne la quitte
aussi facilement. Le bassin est des plus étroits
et très-oblique en avant; il n’est pas solide-
ment établi sur les cuisses, qui sont fort rap-
prochées l’une de l’autre. Les muscles fléchis-
seurs l’emportant sur les extenseurs, les jam-
bes se ployent sur les cuisses et celles-ci sur le
bassin; la petitesse qu’ont alors les pieds, l’arc
qu’ils font avec les péronés, les rendent peu
propres à supporter le poids du corps. L’enfant
doit donc chercher dans la station horizontale
un remède qui pare à tous ces inconvéniens.
(Not. du Trad.)
. Indépendamment de la lon-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[50]
gueur, la force comparative des extrémi-
tés supérieures et des inférieures prouve
que ces dernières seules ont été destinées
à soutenir le poids du corps. L’ostéogénie
fournit un argument qui rend encore
cette vérité plus évidente: les os du tarse,
et principalement le calcaneum atteignent
une ossification parfaite bien avant ceux
du carpe. En effet, dans les premières
années de la vie, l’enfant se sert rare-
ment des mains, et commençant dès-lors
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[51]
à marcher, ses pieds devaient être pro-
pres à le soutenir debout. Je ne parlerai
pas de la vigueur des muscles des jambes;
elle est cependant si remarquable, sur-
tout dans le solaire et les gémeaux, qu’ils
semblent destinés par la nature à main-
tenir l’homme dans la station verticale.
D’après cette considération, Aristote, et les
anciens Anthropologues, pensaient qu’il
avait seul de véritables jambes.
La disposition entière du thorax de
l’homme démontre qu’il lui serait impos-
sible de prendre l’allure des quadrupèdes;
en effet, s’ils sont longipèdes, leur poitrine
est comprimée sur les côtés et carénée an-
térieurement; ils n’ont point de clavicu-
les, ce qui rend leurs membres plus propres
à soutenir le poids du corps. Leur sternum
est plus alongé; leurs côtes plus nombreu-
ses et plus rapprochées de la portion des-
cendante de la crête de l’os des îles, offrent
aux viscères abdominaux un point d’appui
dans la station horizontale, l’homme des-
tiné à marcher à deux pieds, a toutes ses
parties disposées différemment. Sa poitrine
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[52]
est applatie, des clavicules éloignent ses
épaules, son sternum est court, et quoi-
qu’il soit plus ample que chez la plupart
des quadrupèdes, son abdomen n’a point
de soutiens osseux. Il suffit de comparer
le squelette d’un quadrupède, surtout à
longs pieds, avec celui de l’homme, pour
se convaincre combien sa structure s’oppose
à ce qu’il prenne leur allure; effectivement
sa démarche serait alors incertaine, chan-
celante et pénible.

§ 6.
B). Le bassin de l’homme est large et
déprimé.

L’examen du bassin ajoute encore à ce
que je viens de dire. Sa forme lui est par-
ticulière et constitue un des caractères
distinctifs de l’homme. Elle démontre de
la manière la plus tranchée, combien en
sont éloignés les singes et les autres mam-
maux.
On pourra m’accuser de paradoxe si
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[53]
j’avance qu’on ne trouve vraiment de
bassin que dans le squelette de l’homme:
cette assertion n’est cependant pas sans
fondement; en effet, la forme alongée
que présente chez les autres mammifères
l’assemblage du sacrum, du coccix et des os
innominés, est loin d’avoir cette ressem-
blance avec un bassin qu’offre dans le
squelette humain la réunion de ces mêmes
parties. De tous les mammifères, l’Orang-
Outang et l’Eléphant sont les seuls dont le
pelvis ait quelque analogie avec celui de
l’homme; néanmoins dans l’un la longueur
l’emporte sur la largeur, dans l’autre, la
simphise du pubis est très-alongée, et tous
deux ne ressemblent qu’imparfaitement à
un bassin. Cette similitude, qui ne se trouve
que dans l’homme, est due à l’évasement
des os innominés, à la délicatesse des sim-
phises, et à la courbure d’arrière en avant
du sacrum et du coccix.

§ 7.
Rapport de la forme du bassin de l’homme
avec les parties molles qui l’entourent.

La face postérieure du bassin donne at-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[54]
tache à des muscles très forts. Il n’en
est pas dans le corps humain, dont l’é-
paisseur égale celle des fessiers. Une
couche épaisse de tissu cellulaire les
recouvre; ils forment par la disposition et
l’étendue de leurs faisceaux deux cous-
sinets arrondis, qui masquent l’entrée du
rectum. Cette disposition est si remar-
quable, que les plus habiles naturalistes,
tels qu’Aristote
De part. anim. IV. 10.
et Buffon
Hist. Nat. T. II, p. 544.
, ainsi que
Galien
De usu partium. T. XV, p. 8.
Spigel en traitant de la structure du corps hu-
main, dit. p. 9.
L’homme est le seul animal qui se tienne com-
modément assis; le seul qui ait des fesses amples
et charnues, elles sont alors comme un coussin
étendu sous lui, afin que pouvant sans peine gar-
der cette attitude, il abandonne plus entièrement
son ame à la contemplation de la Divinité.
, Haller
De Corp. hum. functionibus, T. 1, p. 57
et les autres célèbres
physiologistes, ont regardé l’absence des
fesses chez les singes, comme le principal
caractère qui les distinguât de l’homme.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[55]
La courbure du sacrum et du coccix in-
flue beaucoup, chez la femme, sur la dis-
position des organes internes de la géné-
ration, et particulièrement sur la direction
du vagin. Son axe s’éloigne de celui du
bassin et se dirige bien plus en avant que
chez les autres femelles des mammifères.
Cette conformation rend les accouchements
plus laborieux, mais elle remédie à beau-
coup d’autres accidens, auxquels la sta-
tion verticale expose la femme pendant
la grossesse.
On doit encore attribuer à cette dis-
position du bassin la direction d’arrière
en avant que suit chez les femmes le jet
des urines, ce qui n’a pas lieu chez les
autres femelles. Ici le méat urinaire ne
vient pas s’ouvrir entre les lèvres du pu-
dendum, mais en arrière et dans le vagin
même. Je me suis assuré que cette dispo-
sition existe également chez les animaux
anthropomorphes, le Papion, le Maimon
et le Macaque.
La direction du vagin peut aussi résoudre
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[56]
cette question si souvent agitée du temps
de Lucrece.
“Et quibus ipsa modis tractetur
blanda voluptas?”
Le rapprochement des sexes peut avoir
lieu chez l’homme de différentes maniè-
res
Carpi (Berengarii, Commentaria super ana-
tomia Mundini, p. 13.
: on en a voulu faire un caractère
spécifique. Il est cependant des causes phy-
siques qui rendent une situation plus
convenable qu’une autre.
“more ferarum,
Quadrupedumque magis ritu”
Kaempfii Enchiridium medicum, p. 181.
En général, une situation contraire pa-
raît mieux s’accorder avec la disposition
réciproque des parties sexuelles
V. la Collection de dessins d’anatomie hu-
maine et comparée, faits à la plume par Léonard
de Vinci; et conservés dans la Bibli. roy. de
Londres.
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[57]

§ 8.
De l’hymen, des nymphes et du
clitoris.

La membrane hymen n’a jusqu’à présent
été reconnue que chez les femmes. Je n’ai pu
la trouver chez les femelles des singes,
ainsi que les caroncules myrtiformes qui
n’en sont que les débris. Un éléphant fe-
melle dont j’ai examiné avec d’autant plus
de soin les parties de la génération, que je
savais que Trendelnbourg, médecin cé-
lèbre de Lubeck, avait cru y découvrir
quelques traces de l’hymen, ne m’ont
offert rien de semblable.
La présence de cette membrane est d’au-
tant plus remarquable qu’on ne peut lui
assigner d’utilité physique. Les opinions
qu’en ont eues les physiologistes sont on
ne peut moins satisfaisantes, particulière-
ment celles de Haller.
“Cum solo in homine sit repertus,
etiam ad morales fines ei esse con-
cessum signum pudicitiae.”
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[58]
Linné paraît douter si les nymphes et
le clitoris ne sont pas particuliers à la femme;
mais aucun de ces organes ne lui appartient
exclusivement. Des auteurs respectables
les ont trouvés, ainsi que moi, chez un
grand nombre de mammifères d’ordres dif-
férens, comme le Mandrille, le Lori pa-
resseux, etc.; le clitoris avait la grosseur
du poing dans une baleine de 52 pieds
de long, qui vint échouer en déc. 1791,
sur les côtes de la Hollande, et que j’exa-
minai très-attentivement.
Un Mongou que j’ai conservé vivant
pendant plusieurs années avait les nymphes
presque semblables à celles des femmes.

§ 9.
C) L’homme est un animal à deux
mains.

Il résulte de ce que j’ai dit jusqu’ici sur
la station verticale de l’homme, que le
grand avantage de cette conformation est
le libre exercice des mains les plus par-
faites; elles sont si supérieures à celles des
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[59]
antres animaux, que le sophiste Anaxagore
en conclut que l’homme ne doit son savoir
qu’à ses mains. Cette opinion, qu’Helve-
tius a renouvelée de nos jours, n’est
qu’un paradoxe. Aristote a dit avec plus
de raison, que l’homme seul a vraiment
des mains. Chez les singes anthropomor
phes la partie principale de la main, le
pouce, est trop courte et presqu’avortée.
La main de l’homme mérite seule le nom
d’organe des organes que lui donne le
philosophe de Stagire.

§ 10.
Le singe et les animaux voisins sont
quadrumanes.

Les singes et les animaux que l’on
nomme ordinairement anthropomorphes,
comme les Guénous et les Loris, ne sont
réellement ni bipèdes ni quadrupèdes,
mais quadrumanes. Ils ont aux mains de
derrière un véritable pouce. L’homme
destiné seul à se tenir debout, est pourvu
d’un gros orteil
Robinet dans le T.V. du Livre de la Nature,
donne (pl. 9) pour le dessin d’un fétus de singe,
d’un fétus humain, qu’on reconnaît au premier
coup-d’œil, dès qu’on lui regarde les pieds, ils
n’ont pas de pouce mais de véritables orteils.
. Je dirai plus, les mains de
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[60]
derrière des quadrumanes méritent mieux
le nom de main que celles de devant; elles
sont en effet plus propres à l’appréhension.
Dans certaines espèces de Sajou (le Coaï-
ta) les mains de devant n’ont pas de pouce,
et il n’est pas d’exemple, chez les ani-
maux quadrumanes, d’une pareille ab-
sence dans les mains de derrière.
On peut facilement, d’après ces con-
sidérations, décider si l’Orang-Outang
et les autres anthropomorphes sont desti-
nés à marcher à deux pieds ou bien à
quatre
La station oblique, celle qui approche le
plus de la station propre à l’homme, appartient
aux singes; ils font alors avec le sol un angle
de 45 degrés. Dans cette position, l’extension de
la jambe sur la cuisse est moins parfaite que dans
la station verticale. Aussi les muscles qui fléchis-
sent cette partie sont, chez les singes, plus forts
que ceux qui l’étendent, et s’insèrent loin du cen-
tre des mouvemens; la cuisse au lieu d’être ronde,
prend chez eux une forme applatie. Mais bientôt
fatigués de cette attitude, les singes sont forcés
de s’aider de leurs extrémités supérieures, qui
sont très-alongées. (Not. du Trad.)
; ni l’une ni l’autre de ces al-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[61]
lures ne leur est commode: en effet leurs
mains, bien plus propres à saisir les corps
qu’à la progression, démontre, que la
nature les a formés pour vivre principa-
lement sur les arbres. Ils y trouvent leur
nourriture, et pendant que leurs mains de
derrière les soutiennent, ils cueillent avec
celles de devant les fruits dont ils se nour-
rissent. La nature a pourvu les Sajous, dont
les mains sont imparfaites, de queues pre-
nantes; elles entourent les branches des
arbres et donnent à l’animal un point d’ap-
pui solide.
Il est presqu’inutile d’avertir que la pro-
gression dans la station verticale, n’est
chez les singes que le produit de l’éduca-
tion. Les dessins d’après nature, que nous
avons de l’Orang-Outang
V. Mono grap. de Vosmaër.
démontrent
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[62]
combien cette attitude, peu naturelle,
lui est pénible. Il ne saurait alors avancer
qu’en s’appuyant sur un bâton, et ses mains
de derrière restent à moitié fermées
Linné a dit mal-à-propos, que les singes
marchent comme l’homme, qu’ils se servent comme
lui des pieds et des mains.
.
Ni le singe ni les autres animaux ne peu-
vent donc jamais marcher debout; l’homme
est le seul des mammifères, qui dans cette
situation puisse conserver l’équilibre en
se portant d’un pied sur l’autre.
La station verticale lui convient telle-
ment que la nature la lui a exclusivement
accordée.
“Unica gens hominum celsum levat
altiùs cacumen,
Atque levis recto stat corpore.”

§ 11.
D.) Caractères des dents humaines.

Les dents chez l’homme sont plus éga-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[63]
lement rapprochées que chez les autres
mammaux.
Les incisives inférieures sont plus verti-
cales; et je regarde ce caractère comme un
de ceux qui distinguent principalement
l’espèce humaine.
Les laniaires ne saillent pas et conser-
vent le même ordre que les dents qui les
avoisinent.
Le sommet des molaires présente des
tubercules singulièrement obtus. Celles
des Orang-Outang, des Gibbons et des
autres animaux de ce genre, dont j’ai
examiné le crâne, en diffèrent évidemment.
Enfin la mâchoire de l’homme offre trois
caractères distinctifs: son peu de longueur,
la petite saillie du menton, qui dépend
de la position verticale des dents incisi-
ves, surtout la forme particulière des
condyles, leur direction et la manière
dont ils s’articulent avec les os des tempes.
Ces dispositions qui ne se retrouvent chez
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[64]
aucun autre mammifère, prouvent que
la nature a destiné l’homme à se nourrir
de toutes sortes d’alimens, qu’elle en a
fait enfin un animal omnivore.

§ 12.
Dernières qualités qui ont paru propres
à l’habitude extérieure du corps humain,
comme la glabréité de la peau.

Je ne parlerai pas du lobe de l’oreille,
du renflement des lèvres, surtout remar-
quable à la lèvre inférieure, ni de beau-
coup de choses d’aussi peu d’intérêt, qu’on
a cependant cru propres à caractériser
l’homme.
Je vais m’occuper du poli et de la gla-
bréité particulière à la peau humaine,
caractère qu’on peut regarder jusqu’ici
comme un de ceux qui distinguent l’homme
des animaux qui ont avec lui le plus de
ressemblance. Linné a cependant assuré
qu’il se trouvait quelque part des singes
moins velus que l’homme. J’avoue que
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[65]
j’ai inutilement cherché cette région de
l’univers. Il est certain, au contraire,
que les singes connus sous le nom malais
d’Orang-Outang, tant d’Angola, que de
l’île de Bornéo, et le Gibbon, sont tous
beaucoup plus velus que l’homme, fait at-
testé par le témoignage unanime des voya-
geurs les plus véridiques, et par ceux de
ces animaux qu’on a transportés en Europe.
Quoiqu’ils fussent malportans et pas en-
core adultes, ils étaient néanmoins plus
couverts de poils qu’aucun homme.
On a observé, il est vrai, surtout dans
quelques îles de la mer du Sud, des
hommes extrêmement velus. Mais on en
desirerait une description plus détaillée.
Spangberg
Mûller’s Sammlung Russischer Geschichte,
T. III. p. 174.
, le premier qui en ait
parlé, trouva une semblable peuplade
dans la plus australe des îles Kuriles (l. 45.
d. 50. m.), lorsqu’il revenait du Japon au
Kamschatka
Sans doute l’île Nadigsda; King, le compa-
gnon de Cooke, eut seulement des connaissances
verbales, touchant ses habitans. Voyage to the nor-
thern hemisphere, T. III, p. 377.
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[66]
J. R. Forster observa quelques indivi-
dus très-velus parmi les insulaires de Tan-
na, de Mallicolo et de la nouvelle Calé-
donie
Bemerkungen auf seiner Reisi um die Welt,
p. 318.
.
On dit qu’il existe une même race
d’hommes dans l’intérieur de l’île de Su-
matra, les autres habitans les nomment
Orang-Gugu
Marsden, hist. of Sumatra, p. 35, not. *)
.
Cependant, en général, les hommes sont
moins velus que les animaux, quoique
quelques parties de leur corps le soient
davantage que chez ces derniers, comme
le pudendum, le dessous des aisselles, le
scrobicule. Les anciens firent de cette par-
ticularité un des caractères de l’espèce
humaine.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[67]

§ 13.
II. Caractères qui tiennent à la structure
interne de l’homme.

Nous avons vu les caractères extérieurs
du corps humain; je vais passer à ceux
qu’offre son organisation intérieure (§ 2).
Les bornes de cet ouvrage me forçant
d’abréger, je réduirai cette discussion à
ces deux chefs:
A) Organes qui manquent à l’homme
seul, ou du moins à bien peu d’animaux.
B) Organes exclusifs à l’homme.

§ 14.
A) Organes internes dont l’homme
est privé.

L’intérieur des mammifères, surtout do-
mestiques, présente plusieurs parties qu’on
croyait autrefois appartenir également à
l’homme. Alors les occasions de disséquer
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[68]
un cadavre humain étaient rares, et l’amour
de la Zootomie les faisait négliger. Ces
parties sont:
Le panicule charnu. Ce muscle sous-
cutané ne se trouve que chez les animaux;
cependant Galien, ses sectateurs et méme
le restaurateur de l’anatomie humaine,
Vesale, qui relève si souvent les erreurs
de cet ancien médecin, assurent qu’il
existe dans l’homme. C’est Nicolas Sté-
non qui nous fit le premier connaître qu’il
était particulier aux brutes.
Le merveilleux réseau artériel. Galien
le mettait au nombre des organes internes
de l’homme; Vesale, d’après Berenger
de Carpi, demontra qu’il n’en faisait pas
partie.
Le muscle suspenseur de l’œil. Fallope
a prouvé qu’il n’appartenait qu’aux ani-
maux.
L’allantoïde. Cette membrane ne se trouve
pas dans le fétus de l’homme. On a démontré
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[69]
dernièrement qu’elle n’existait que chez
les autres mammifères, mais non pas gé-
néralement.
Je ne parle pas des organes particuliers
seulement à quelques animaux, quoiqu’on
ait cru que l’homme en jouissait aussi;
tel est le pancréas d’Asélius, le conduit
hépato-sistique, le corps d’Highmore.
Je passe également sous silence les or-
ganes exclusifs à quelques genres des mam-
mifères, mais qui manquent si manifeste-
ment à l’homme que personne ne les lui
a attribués; tels sont la membrane cligno-
tante, que je place ici quoiqu’extérieure,
le ligament suspenseur du cou, etc.
Le trou incisif. Il se trouve situé der-
rière les premières dents incisives supé-
rieures; commun à l’homme et aux qua-
drupèdes, il est simple chez lui et propor-
tionnellement moins grand; double chez
la plupart des autres mammifères et chez
beaucoup d’une grandeur considérable.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[70]

§ 15.
De l’os intermaxillaire.

La célébrité qu’on a donnée à l’os in-
termaxillaire m’oblige d’en parler sépa-
rément. Les deux os qui composent la
mâchoire supérieure sont, chez l’homme,
immédiatement réunis et les dents viennent
s’y implanter; il n’en est pas de même chez
les animaux; un troisième os placé comme
un coin entre les os maxillaires, reçoit les
dents incisives supérieures, ce qui fait
qu’Haller le nomma l’os incisif; mais
comme en le retrouve chez des animaux
dépourvus de cette espèce de dent, tels
que la Brebis, l’Eléphant, le Rhinoceros
bicorne, et même chez les édentés, j’ai
pensé qu’il était plus convenable de le
nommer os intermaxillaire
Vitet et Vicq-d’Azyr l’appellent os maxil-
laire inférieur, et Blaire, dans son Ostéographie
de l’Eléphant, le nomme os palatin.
. Il est unique
chez les uns, divisé en deux chez d’au-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[71]
tres, dans tous les cas, des sutures les sépa-
rent des os voisins; l’une est faciale et
s’étend ordinairement des deux côtés du
nez aux alvéoles des dernières dents inci-
sives, l’autre est palatine et va en for-
mant un arc de ce point au trou palatin
antérieur. Camper a regardé l’absence de
l’os intermaxillaire, comme un des prin-
cipaux caractères qui séparent l’homme des
autres mammifères. Cette opinion donne
lieu naturellement aux deux questions
suivantes:
1°. Manque-t-il en effet chez l’homme?
2°. Existe-t-il chez toutes les autres
mammifères.
La première de ces questions excita
dans le 16e siècle de vives discussions
parmi les anatomistes; Galien comptait
parmi les sutures du crâne, celles de l’os
intermaxillaire, ce fut un des principaux
argumens qu’employa Vésale pour démon-
trer que ce médecin n’avait pas compose
d’après le squelette de l’homme, mais sur
celui du singe, le Traité d’Ostéologie qui
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[72]
fit loi si long-temps. Malgré les vains efforts
de J. Silvius, pour défendre Galien
Il se tourmente tellement pour excuser son
divin Galien, qu’il va jusqu’à dire que si l’os in-
termaxillaire manque chez les hommes d’aujour-
d’hui, il pouvait exister chez ceux du temps de
Galien, qu’on ne doit donc pas accuser le prince
de Panatomie, »sed naturæ impedimenta quædam,
nostris corporibus in victu et venere intempes-
tiva ac immodica vitiis succedentia.«
,
la question paraissait si parfaitement jugée
ainsi, que ce fut contre toute croyance que
le célèbre Vicq-d’Azyr tenta de démon-
trer qu’il existait chez l’homme quelque
chose d’analogue à l’os intermaxillaire
Mém. de l’Académie des Sciences de Paris,
1780.
;
mais cette analogie se borne à une petite
fente sémilunaire qui, dans le fétus et
dans l’enfant, se trouve sur les os maxil-
laires et s’avance transversalement derrière
les dents incisives. Quand il reste quelques
traces, de cette fissure chez l’adulte, elles
sont depuis long-temps presque effacées
V. Vesalii et Coiteri icones.
,
Falloppe avait fait voir, deux cents ans
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[73]
avant Vicq-d’Azyr, qu’on leur donnait mal-
à-propos le nom de suture
»Dissentio, ab iis qui publicè testantur re-
periri suturam sub palato per transversum ad
utrumque caninum pertinentem, quæ in pueris
pateat, in adultis verô ità obliteretur, ut nullum
ipsius relinquatur vestigium. Nam reperso hanc
divisionem vel Rimam potiùs esse quàm suturam,
cùm os ab osse non separet neque in exterioribus ap-
pareat.
«
. Au reste,
cette fissure qui est, chez les singes, une
suture remarquable
Eustachii, Tab. Ann. 46, fig. II.
J’ai retrouvé cette fissure sur les crânes de deux
jeunes Européens, l’un âgé de dix ans, et l’autre de
septet demi: le crâne d’un jeune Hottentot à-peu-
près du même âge, me l’a également offerte. Elle
s’étendait sur ces trois sujets du trou palatin, an-
térieures vers les dents laniaires, et paraissait une
véritable suture qui pénétrait l’épaisseur de l’os et
ressemblait à la suture qui unit la portion quarrée
des os palatins aux os maxillaires.
J’ai vu aussi, vers le trou palatin antérieur, de
légères traces de la suture en question sur les crâ-
nes de trois nègres d’environ 20 ans, et sur plu-
sieurs têtes de blancs du même âge. J’ai également
remarqué sur les animaux, qu’on les retrouve en-
core à cet endroit, lors même qu’elles sont entière-
ment effacées par tout ailleurs. Not. du Trad.
, ne s’aperçoit pas
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[74]
chez l’homme, sur le côté facial de l’os
maxillaire.
Quant à la seconde question, l’homme
n’est pas le seul mammifère chez lequel
manque l’os intermaxillaire, je l’ai cher-
ché inutilement chez plusieurs quadru-
manes.
On ne trouve point les sutures qui ter-
minent cet os dans le squelette de Monkie
(Simia morta. Lin.), quel’on conserve dans
notre Muséum académique; cependant les
autres sutures du crâne sont assez appa-
rentes.
Je n’ai pu également les découvrir dans
un squelette du même singe, que possède
Billmann, célèbre chirurgien de Casselle;
comme l’animal était très-vieux, et que
presque toutes les sutures sont effacées,
on n’en peut rien conclure.
Schacht, professeur d’Harderwich, m’a
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[75]
fait voir un troisième singe de cette es-
pèce, chez lequel l’os intermaxillaire man-
quait. Je n’insisterai pas plus long-temps
sur l’absence ou la présence de cet os dans
les autres individus de cette espèce
Holme, célèbre médecin de Manchester, m’a
fourni un quatrième exemple de l’absence totale
des traces de l’os maxillaire dans le squelette du
même singe.
Je l’ai trouvé dans des espèces très-voisines de
celles-ci, sur le Marikina (Simia Rosalia).
L’Onïstiti (Simia jacchus.)
Le Saïmiri (Simis sciurea.)
Le Saï... (Simia capucina,) etc... Note du Trad.
.
Je n’ai pu, malgré un examen scrupu-
leux, retrouver des traces de l’os inter-
maxillaire dans le squelette d’un des plus
grands singes, antropomorphe de l’île de
Bornéo. Il fait partie du Cabinet d’His-
toire naturelle du prince d’Orange à la
Haye. Les sutures du crâne sont presque
totalement effacées, ce qui, joint à toute
l’habitude du squelette, prouve la vieil-
lesse de cet animal
Je suis surpris que Camper ait prétendu que
ce squelette est celui d’un jeune singe anthropo-
morphe. V. E. Naturgeschichte des Orang-Utang,
p. 146.
Les sutures de l’os intermaxillaire étaient très-
manifestes sur trois crânes d’Orang-Outang que
j’ai examinés avec soin.
Il me paraît que l’os intermaxillaire existe chez
tous les quadrumanes et les quadrupèdes; je l’ai
même aperçu sur un squelette de tortue. M. Rous-
seau, natural. au Mus. d’Hist. nat., et très-versé
dans la dissection des animaux, m’a dit, qu’il ne l’avait
pas vu manquer; je l’ai trouvé, comme je viens
de le dire, chez les Orangs, et il en a été de même
pour les autres genres de singes, tant Babouins,
que Guénous, Sapajous et Sagouins.
Il m’a semblé qu’il est des animaux chez qui
les sutures de l’os intermaxillaire s’effacent beau-
coup plutôt que chez les autres; tel est le genre
du cheval; mais dans les jeunes poulains elles s’a-
perçoivent bien distinctement. On remarque aussi
en général qu’elles disparaissent, de même que les
autres sutures de la face, plus vîte que celles du
crâne, qui, au lieu d’être harmoniques, sont par
engrainure. Elles persistent aussi davantage à la
face palatine, parcequ’elles sont à cet endroit beau-
coup moins unies. On sent d’après cela, que la
durée des traces des sutures de l’os intermaxil-
laire dépend en grande partie de ce qu’elles étaient
dans le principe plus ou moins délicates. Note
du Traducteur.
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[76]
J’ai vu dans le Muséum britannique, les
restes du squelette d’un jeune Orang-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[77]
Outang de Sumatra; il n’offre aucunes
traces de l’os intermaxillaire, quoique les
autres sutures soient très-apparentes.
Ed. Tison ne l’a point trouvé dans son
Orang-Outang d’Angola, et le dessin que
d’Aubenton a donné du crâne de cet ani-
mal, n’en offre aucunes traces.
Quoi qu’il en soit, l’étendue des mâchoi-
res, la saillie qu’elles font en avant chez
les singes et les autres mammaux, sont
des caractères qui les distinguent de
l’homme également qu’eux.

§ 16.
B.) Différences de quelques organes in-
ternes de l’homme avec les analogues

chez les autres mammifères.

Je vais choisir, pour m’en occuper, les
plus remarquables de ces différences, en
commençant par la tête:
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[78]
Le cristalin est proportionnellement plus
petit et moins convexe chez l’homme que
chez les autres mammaux, si l’on en ex-
cepte les cétacés; le trou occipital plus
grand et situé plus antérieurement
Daubenton, Mem. de l’Acad. des Sciences
de Paris, année 1774.
,
le cerveau plus volumineux, non pas
comme le croyait Aristote, par rapport
à la masse du corps, mais selon l’observa-
tion de l’ingénieux Sœmmering, compa-
rativement à la délicatesse des nerfs qui
en partent
Diss. de Basi encephali, Gœtting, 1778,
p. 17.
Id. Über die kœrperliche Verschiedenheit des
Negers vom Europaer, pag. 59.
Id. J. Gottfr. Ebel observationes nevrolog. ex
anatome comparata Francof. ad Viadr., 1788.
Si l’on partage, sous le rap-
port physiologique, le système nerveux
en deux parties, dont l’une, qui mérite
particulièrement le nom de nerveuse,
comprend les nerfs, les portions du cer-
veau et de la moëlle alongée les plus voi-
sines de leur origine, et dont l’autre, que
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[79]
je nommerai sensoriale, soit l’intermède
entre les fonctions des nerfs et celles de
l’ame, on verra que la nature a pourvu
l’homme de cette dernière, plus ample-
ment qu’aucun autre animal.
Sœmmering a fait une observation
non moins remarquable sur les concrétions
pierreuses de la glande pinéale, c’est que,
passé l’âge de 14 ans, on les trouve si
constamment chez l’homme, qu’elles peu-
vent fournir un caractère particulier
Sœmmering de capillis vel propè vel intra
glandulam pinealem sitis. Mogunt. 1785.
Il en donne le dessin dans sa Dissertation sur
l’entre-croisement des nerfs optiques, 1786.
.
Il a cependant rencontré de semblables
concrétions dans la glande pinéale d’un
Daim. Si elles manquent quelquefois chez
l’homme adulte, on doit considérer ce
fait comme une anomalie très-rare. J’en
dois un exemple à L. A. Caldani, célèbre
professeur à Padoue, qui m’écrivit en
1786, que sur quatre cerveaux humains,
consacrés à cette recherche, un seul ne lui
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[80]
avait point offert de concrétions dans la
glande pinéale, il appartenait cependant
à un sujet avancé en age.
Le cœur n’est pas placé chez l’homme
comme chez les quadrupèdes; au lieu de
s’appuyer contre le sternum, la situation
verticale du thorax l’oblige de reposer sur
le diaphragme. La base du cœur n’est pas
tournée vers la tête comme dans les autres
mammifères mais vers la colonne épinière,
de manière que sa pointe répond à la ma-
melle gauche. Il s’ensuit que le cœur est
dirigé d’avant en arrière chez l’homme et
plutôt de droite à gauche chez les autres
mammaux. Il en est peu qui aient comme
lui, le péricarpe uni au diaphragme.
Le tube intestinal est parfaitement dis-
posé pour que l’homme soit un animal
omnivore.
Il ressemble à celui des carnivores par la
structure du ventricule et par la briéveté
du cæcum. Il se rapproche de celui des
herbivores par la longueur des intestins
grêles, par leur per de ressemblance aux
gros intestins, par les cellules du colon,
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[81]
et l’absence de glandes odoriférantes si-
tuées au voisinage de l’anus.
Le parenchyme de l’utérus a chez la
femme une conformation particulière; et
l’arrière-faix est remarquable par la tex-
ture du placenta, la langueur du cordon
et la veine ombilicale qui y est unique.
La vésicule ombilicale, encore peu con-
nue, me paraît exclusive au fétus humain.
J’ai fait voir dans un autre ouvrage
Commentationum Societatis Regiæ Scien-
tiar Gottingensis, T. IX, pag. 116.

j’examinais ses analogies avec le sac qui
enveloppe le jaune de l’œuf soumis à
l’incubation, qu’elle repondait au but de
la nature, et se trouvait chez tous les fé-
tus, environ jusqu’au quatrième mois après
la conception.

§ 17.
III. Propriétés particulières à l’homme sous
le rapport des fonctions de l’économie
animale.

Cette délicatesse, cette souplesse, propres
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[82]
à la toile muqueuse de l’homme, connue
sous le nom de tissu cellulaire, mérite toute
notre attention. On sait que la structure
de cet organe est très-différente dans les
genres comme dans les espèces diverses:
très-solide dans l’anguille, il devient au
contraire délié dans la truite commune.
Zinn, célèbre anatomiste, a démontré
depuis long-temps, qu’il n’avait chez au-
cun autre mammifère la même délicatesse
que chez l’homme.
Je regarde cette structure comme un des
principaux avantages qui le distinguent
des animaux; en effet, la toile muqueuse,
généralement repandue dans toute l’éco-
nomie, depuis les tégumens communs
jusqu’aux organes les plus intérieurs,
forme le lien qui unit entre elles toutes les
parties du corps. Elle devient, d’après cette
disposition, le siége principal des forces
vitales (de la contractilité), qui me paraît
peu différer de ce que Sthall nommait le
ton
Le ton, ou force tonique est une des proprié-
tés de la vie, et s’étend à tous les solides vivans.
C’est a lui qu’est dû ce mouvement d’oscillation qui
pendant toute la vie s’exécute du centre vers la cir-
conférence et de la circonférence vers le centre.
C’est lui qui produit dans le muscle, pendant ce
qu’on appelle son état de repos, cette sorte de ba-
lancement de forces dont l’action se dirige du centre
du muscle vers ses extrémités, ensuite des extré-
mités vers le centre, et tend sans cesse à rappro-
cher les extrémités de la partie moyenne, et à les
en éloigner ensuite; mouvement qui s’exerce dans
l’absence de tout stimulus extérieur, et même in-
dépendamment de l’action du cerveau.
(Not. du Trad.)
: il m’est demontré que l’homme doit
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[83]
surtout à la souplesse de son tissu cellulaire
la facilité de s’acclimater partout, qu’il
ne partage avec aucun autre mammifère.
La nature qui fit l’homme omnivore,
voulut aussi qu’il pût habiter tous les
pays. Si une toile muqueuse souple et dé-
liée entre pour beaucoup dans sa structu-
re
Le tissu cellulaire s’insinue entre toutes nos
parties, et les lie entre elles. Il unit chaque fila-
ment de la libre musculaire, dont il compose des
faisceaux. Il fournit une enveloppe aux nerfs, joint
ensemble les differens filets nerveux et leur donne
plus de consistance et de fermeté; à mesure qu’il s’ap-
proche de la périphérie du corps, il devient moins
délié et finit peut-être en s’épanouissant, par for-
mer les tégumens communs, comme il paraît l’élé-
ment de toutes les membranes. (Note du Trad.)
, c’est pour qu’il puisse s’accommoder
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[84]
plus facilement aux effets des différens
climats
L’homme vit sous toutes les températures et
supporte des variations considérables du poids de
l’atmosphère. En Sibérie, le thermomètre descend
à 34 degrés au-dessous de 0; au Sénégal, il monte à
l’ombre, à 40 degrés au-dessus, et dans le sable à 60.
Ces deux termes ne sont cependant pas, à beaucoup
près, les extrêmes du froid et du chaud que l’homme
peut supporter sans mourir. Si on évalue la surface
du corps à 15 pieds quarrés, l’atmosphère exerce sur
lui, quand le baromètre est à 18 pouces, une pres-
sion de 32,235 livres. Le plongeur en supporte une
de 303,350, elle n’est plus que de 17,160 sur le
sommet des Cordilières. De nouvelles expériences
faites au fond des mines et au milieu des airs, offri-
raient, sans doute, des extrêmes bien plus éloignés.
(Note du Trad.)
.
Les autres propriétés physiologiques de
l’homme répondent parfaitement à cette
faculté; son accroissement est lent, son
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[85]
enfance longue, sa puberté tardive. Il n’est
point de mammaux dont les os du crâne
se joignent aussi tard, dont les dents se
fassent autant attendre, qui soit aussi long-
temps sans se soutenir sur ses pieds, qui
arrive si lentement à son accroissement
parfait et à la puberté. Aucune autre mam-
mifère ne jouit d’une vie aussi longue,
si on la compare au volume du corps
Il est difficile d’assigner à la vie humaine un
terme naturel qui soit comme le point où finit
ordinairement la vieillesse la plus prolongée. Ce-
pendant, en comparant soigneusement les tables
des vieillards d’Europe, on trouve qu’un assez,
grand nombre arrive à 84 ans, et qu’il en est peu qui
depassent ce terme. Cette longévité de l’homme,
comparée à la durée de la vie des autres mammi-
fères prouve que la nature l’a payé avec usure de
sa longue enfance.
.
Une autre propriété particulière à
l’homme, et qui dépend de la station ver-
ticale, c’est que, mesuré le matin, il est
d’un travers de doigt plus grand que le
soir
Ce fait a été observé pour la première fois,
en 1784, par un prêtre anglais nommé Wasse.
Philosophical Transactions, T. XXXIII.
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[86]
Si l’on considère les organes de la géné-
ration, on verra qu’ils sont soumis chez
l’homme à des lois qui lui sont particu-
lières.
La nature n’a point limité chez lui,
comme chez les animaux, à une époque
de l’année la faculté de se reproduire.
Aimera-t-on mieux s’en rapporter à Augus-
tin Niphus, qui discute, dans son Livre sur l’A-
mour, les causes qui font: “ut aestate puellae
sint libidinosiores et amantiores: viri autem contrà
hyeme.”
La grande beauté de Jeanne d’Aragon
lui valut la dédicace de cet ouvrage.
Les pollutions nocturnes sont aussi pro-
pres à l’homme; je les mets, quand il est
bien portant, au nombre des sécrétions
naturelles. C’est le moyen que la nature
emploie pour le débarrasser du stimulus
incommode que produit la trop grande
abondance du sperme.
Le flux menstruel est également exclu-
sif aux femmes, mais leur appartient d’une
manière plus générale; elles y sont toutes
assujéties; Pline a eu raison de n’attri-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[87]
buer qu’à elle seule cette propriété. Il est
cependant d’autres femelles, particulière-
ment dans l’ordre des quadrumanes, qui,
au rapport de plusieurs auteurs, éprouvent,
comme la femme, un écoulement périodi-
que. On a dit que chez la femelle du Ro-
lowai (Simia Diana), cet écoulement se
faisait par le sommet de la queue. Depuis
environ vingt ans que j’ai observé des
femelles de différentes espèces de singes,
j’en ai vu quelques-unes sujettes à des hé-
morragies utérines, mais qui ne sui-
vaient aucune période réglée. Leurs gar-
diens les plus sincères regardaient cet
écoulement comme une affection morbifi-
que; plusieurs même m’ont avoué fran-
chement, qu’ils ne le faisaient passer pour
un flux menstruel qu’afin d’exciter plus
d’admiration
Selon les observations de M. Des Fontaines,
la femelle du Pitheque (Simia Pithecus) est sujette
à un léger écoulement périodique; ses parties na-
turelles augmentent alors sensiblement de volume.
(Buff. Hist. Nat. par Sonnini.) Note du Trad.
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[88]
Je dementirai ailleurs ces relations fa-
buleuses, que nous a laissées la crédule an-
tiquité, de nations entières dont les fem-
mes n’étaient pas réglées.

§ 18.
IV. Propriétés particulières à l’homme,
sous le rapport des facultés intellec-
tuelles.

On s’accorde à regarder la raison comme
le principal avantage que l’homme ait sur
les autres êtres. Mais quand on veut cher-
cher la signification précise de ce mot, on
voit avec étonnement combien les philo-
sophes les plus distingués y ont attaché
d’idées différentes. C’est pour les uns une
faculté de l’ame qui appartient exclusive-
ment à l’homme, tandis que les autres
croient retrouver chez les animaux de
faibles indices de cette précieuse faculté.
Ceux-ci la regardent comme la réunion
des facultés les plus éminentes de l’esprit
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[89]
humain
On la nomme alors sagesse. L’oracle de Del-
phe l’avait bien définie par ce peu de mots:
To gnoti saouion Stob Ser 21
Se connaître soi-même. (Note du Trad.)
Horace dit qu’on l’honorait à l’égal de Jupiter.
Proximos illi tamen occupavit
Palias honores.
, tandis que d’autres prétendent
que ce n’en est qu’une direction particu-
lière.
Non nostrûm inter hos tantas
componere lites.
Nous donnerons plus facilement et plus
sûrement la solution de cette question, si
nous appelons raison cette faculté qui
rend l’homme le souverain de tous les
êtres
»Quisquis es iniquus æstimator sortis hu-
manæ, cogita quanta nobis tribuerit parens nos-
ter, quantò valentiora animalia sub jugum mi-
serimus, quantò velociora assequamur, quàm
nihil sit mortale non sub ictu nostro positum.«
Seneca.
. On ne peut lui contester cet em-
pire, et il est également évident qu’il ne
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[90]
le doit pas à sa force. Les qualités seules de
son entendement le lui ont mérité; ce sont
elles qui le rendent si supérieur à tout ce
qui respire, et dont l’assemblage consti-
tue la raison
Hanc altà capitis fundavit in arce
Mandatricem operum, prospecturamque labori.
(Claudianus. Note du Trad.)
.
Nous avons vu que la nature fit l’homme
pour se nourrir de toute espèce d’ali-
mens et peupler toutes les régions de la
terre. Cette liberté illimitée dans le choix
de sa nourriture; ce pouvoir, presqu’in-
fini, de varier à son gré le lieu de son ha-
bitation, l’exposent à une multitude d’in-
convéniens dont un seul mode de secours
n’eût pas suffi pour le garantir. Le Créa-
teur y pourvut largement, en lui donnant
la raison et ce génie inventif qui, dans tou-
tes les circonstances lui fournit des res-
sources assurées.
Dans la nuit des temps, les nations les
plus instruites ont rendu hommage au gé-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[91]
nie de l’invention. Les Egyptiens l’ado-
raient sous le nom de Thoth, les Grecs
sous celui d’Hermès.
C’est avec raison que Franklin appela
l’homme fabricateur d’instrumens (a Tool
maikng animal). Il fut obligé de tout in-
venter; il se créa des armes, il apprit l’art
de maîtriser le feu, enfin la parole naquit
des secours et des besoins réciproques; la
variété de son langage est un caractère qui
lui est propre
Les nouveaux Scolastiques fournissent, ainsi
que les anciens, une foule d’argumens en faveur
du langage des bêtes. Je citerai pour exemple Albert
le Grand: il n’accordait la parole qu’au singe pig-
mée, et encore avec de grandes restrictions: le pig-
mée, disait-il, parle quoique privé de la raison,
mais il ne discute pas, il ne peut parler de tout,
et son langage est borné aux objets qui lui sont par-
ticuliers.
; elle prouve qu’il est de
son invention, tandis que les animaux l’ont
reçu de la nature
Sussmilch a mis en doute, dans ces derniers
temps, que l’homme fût l’inventeur de son langa-
ge, quoique Hobbe l’eût déjà senti: »La parole
est l’invention la plus belle et la plus utile, c’est
par elle que les hommes se communiquent leurs
pensées pour subvenir à leurs besoins récipro-
ques ou pour leurs plaisirs. Sans elle ils n’eussent
jamais formé de réunion, ni connu les douceurs
de l’état social, et vivraient entre eux comme
les lions, les ours ou les loups.«
V. Leviathan, pag. 12. éd. 1635
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[92]

§ 19.
Du rire et des pleurs.

Les pleurs de la douleur, elle rire, ex-
pression de la gaîté, sont, comme la pa-
role, des attributs ds l’espèce humaine;
mais lui sont-ils aussi exclusifs? ceux-ci
ne sont point de son invention, il les reçut
de la nature; et ils servent bien moins
à la raison qu’ils n’expriment les émotions
dont l’ame est agitée.
– – Haec nostri pars optima
sensus.
Beaucoup d’animaux versent des larmes;
mais sont-elles chez eux les effets de la
douleur? Des témoins, dignes de foi, l’at-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[93]
testent pour quelques espèces. Pallas l’as-
sure du Chameau
V. Ej. Nachrichten über die Mongolischen
Völkerschaften. T. I, p. 177.
et Steller de l’Ours
de mer
Nov. comment. acad. scient. Petropolit.
T. II, pag. 353.
(phoca ursina). Il est bien plus
douteux que le rire soit chez quelques
brutes l’expression de la gaîté. Cependant
le Cat affirme qu’il a vu un Orang-Outang
d’Angola (Simia Satirus) rire et répandre
des larmes
Traité de l’existence du fluide des nerfs. p. 35.
.

§ 20.
V. Maladies particulières à l’homme les
plus remarquables.

La pathologie paraît sans doute au
premier coup d’oeil, appartenir fort peu à
l’histoire naturelle de l’homme; cepen-
dant il n’est pas hors de propos de faire le
résumé des maladies particulières au genre
humain. En effet, quoique s’écartant de
la marche régulière de la nature, elles
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[94]
tiennent à l’ordonnance naturelle des par-
ties du corps, à sa manière d’être, à l’éco-
nomie animale; elles méritent d’autant
plus de trouver place ici, qu’on joint ordi-
nairement à l’histoire de chaque espèce une
notice des maladies qui lui sont propres
comme l’épizootie des bestiaux, la morve
des chevaux, et la rage spontanée, si fré-
quente dans le genre chien.
On conçoit qu’il ne peut être ici ques-
tion que des maladies les plus remarqua-
bles et d’un petit nombre de faits avérés:
en effet, la Nosologie des Brutes, à l’ex-
ception de celle de quelques animaux do-
mestiques, est peu connue, à raison des
obstacles nombreux et même insurmonta-
bles qui s’opposent à ses progrès.
On peut cependant regarder avec beau-
coup de probabilité, comme exclusives à
l’homme, les maladies dont je vais donner
le tableau.
Toutes les fièvres exanthématiques peut-
être, et plus particulièrement:
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[95]
La variole
Jansen, médecin célèbre, m’écrivit, il y a
quelques années, qu’un singe venait de contracter
à Amsterdam, des boutons varioleux, mais qu’ils
n’avaient pas été accompagnés de fièvre.
.
La rougeole.
Les fièvres scarlatines.
Miliaires.
Pétéchiales.
La peste.
Parmi les hémorragies:
L’épitaxis (?)
Les hémorroïdes.
La ménorragie.
Parmi les affections nerveuses:
L’hypochondrie.
L’hystérie.
Les maladies qui pervertissent les fonc-
tions de l’entendement, telles que
la mélancolie, la nostalgie, etc....
peut-être le satyriasis et la nympho-
manie.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[96]
Le Cretinisme.
Parmi les cachexies:
Le Rachitis (?)
Les Scrophules (?)
La Siphilis.
La Goutte.
La Lèpre et l’Eléphantiasis.
Parmi les affections locales:
L’Aménorrhée.
Le Cancer (?)
Les Cors.
La Hernie congéniale (?)
Les diverses espèces de prolapsus, tels
que le renversement de la vessie, dont
on doit le mode curatif au célèbre
Bonn
Pourquoi ce vice de conformation commun
chez l’homme, n’a-t-il jamais été observé chez les
animaux? Je pense que cela vient de ce que la sym-
phise du pubis est plus étroite chez l’homme et
comme partagée en deux par une fissure particu-
lière que Bonn a décrite avec la plus grande exacti-
tude. – Roose diss. de nativo vesicae urinariae
inversae prolapsu. Gotting 1793.
La vessie peut faire bernie au dessus du pubis en
s’échappant par l’anneau inguinal ou par l’arcade
crural; ce qui est plus rare, au-dessous, en écar-
tant les fibres des muscles du périnée ou celles du
vagin. Dans tous les cas, il faut qu’elle ait été
prealablement fort distendue, et par consequent
qu’il y ait eu retention d’urine. Cette hernie n’est
pas ordinaire chez les jeunes sujets, mais particu-
lière aux vieillards. (Note du Trad.)
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[97]
Les Dartres (?)
La Teigne.
Doit-on placer ici les vers intestinaux
de l’homme et les deux espèces de poux
qui lui sont, je crois, particulières?
Je ne parlerai pas des maladies qui sont
beaucoup plus fréquentes chez l’homme
que chez les autres mammifères, sans ce-
pendant lui être exclusives. Telles sont
la difficulté de la dentition, les moles,
l’avortement, les accouchemens laborieux.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[98]

§ 21.
VI. Sommaire des caractères qu’on a cru
généralement, mais à tort, exclusifs à
l’homme.

Toutes les fois que l’occasion s’est pré-
sentée, j’ai indiqué les caractères qu’on
avait eu tort d’accorder exclusivement
à l’homme; il me reste peu de chose à dire
pour terminer cet objet.
Le peu d’espace qui sépare les yeux:
ces organes sont encore plus rapprochés
chez les singes.
Des cils aux deux paupières: on les trouve
chez les quadrumanes, les éléphans et
beaucoup d’autres animaux.
Le nez saillant: ce caractère est beau-
coup plus prononcé chez le Nasique (Si-
mia Rostrata
Buffon, Hist. des Quadrupèdes. Tom. VII.
Supplément.
.
Les oreilles immobiles: elles ne sont
pas ainsi disposées chez tous les hommes,
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[99]
et n’ont aucun mouvement chez les four-
milliers.
L’organe du toucher: il est commun à
l’homme et à la plupart des quadrumanes;
il en est de même de la luette.
On avait aussi regardé comme particu-
lière à l’homme la faculté de faire des rots
Aemylianus de Ruminantibus. p. 50.

et de ne pas s’engraisser comme la Brute
Lory, Hist. de la Soci. de Méd. an 1779.
;
mais ces puérilités ne méritent pas de nous
occuper.

SECTION II.
De la dégénération des Animaux en général,
de ses causes et de ses modes.

Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[100]

§ 22.
Plan de cette Section.

J’ai recherché jusqu’ici les caractères
qui distinguent l’homme de la brute, je
vais approcher plus près de l’objet princi-
pal de cet ouvrage, et rechercher quelles
sont les différences que la nature a mises
entre les races qui composent la nom-
breuse famille de l’homme, examiner si
ces différences sont dues à la dégénération,
ou bien si elles sont considérables au point
d’obliger à reconnaître plusieurs espèces
primitives dans le genre humain, mais il
faut avant tout résoudre ces deux ques-
tions:
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[101]
1°. Qu’entend-on par espèce en Zoolo-
gie?
2°. De quelle manière, en général, une
espèce primitive dégénère-t-elle en va-
riétés?

§ 23.
Qu’est-ce qu’une espèce?

Nous disons que des animaux sont de
la même espèce lorsqu’ils offrent entre eux
de si nombreux rapports qu’on se voit
forcé d’attribuer à la dégénération les
différences qui les séparent.
Quand au contraire ces différences sont
si essentielles qu’elles ne s’expliquent
point par les causes connues de dégénéra-
tion, on regarde comme étrangers les uns
aux autres les animaux qui les présentent.
Jusqu’ici nous n’avons raisonné que par
abstraction; la grande difficulté est de
trouver des caractères suffisans pour faire
distinguer les pures variétés et les espèces
naturelles.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[102]
Dans le siècle dernier, long-temps avant
Buffon, Ray avait pensé qu’on devait re-
garder comme d’une même espèce tous les
animaux qui, s’accouplant ensemble, don-
nent une génération féconde.
La contrainte dans laquelle vivent les
animaux domestiques, semble rendre ce
caractère douteux à leur égard. Frisch, avec
raison, la restreint aux animaux sauvages.
Selon lui, tous ceux qui s’accouplent vo-
lontairement
»Wenn sich Thiere von Natur mit einander
gatten, so ist solches ein unfehlbares Kennzei-
chen, dass sie von einerley Specie sind.«
Berthont van Berchem fils, qui est tout récem-
ment revenu à ce caractère: »Si les animaux se
mêlent dans l’état de nature, etc.«
ne parle ni
de Frisch ni de Ray, il dit même expressement:
»M. de Buffon, qui le premier a abandonné les
distinctions peu sûres des nomenclateurs, est
aussi le premier qui a fait sentir que la copula-
tion était le meilleur guide pour reconnaître les
espèces.«
Mem. de la Soci. des Sc. phy. de Lau-
sane. T. II, pag.
49.
ensemble, ne forment
qu’une même race.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[103]
Il faut l’avouer, cette restriction offre
peu d’utilité.
En effet, on ne peut guère espérer sou-
mettre jamais à cette épreuve cette multi-
tude d’animaux sauvages, surtout les exo-
tiques, et cependant il serait très-intéres-
sant de reconnaître si ce sont de simples
variétés ou des espèces différentes. La dif-
ficulté s’accroît encore pour les animaux
qui habitent des pays éloignés les uns
des autres, comme le singe d’Angola
(Chimpansé) et celui de Bornéo (Orang-
Outang.)
Les animaux domestiques, exclus de
cette épreuve, offrent, bien plus que les sau-
vages, des sujets de doute et d’incertitude.
Prenons pour exemple le chien (canis
Familiaris): les uns rapportent ses variétés
à plusieurs espèces primitives, les autres
pensent que ce ne sont que des dégénéra-
tions du chien de Berger. Il en est qui les
ramènent au Chacal (canis Aureus); enfin
d’autres croient que toutes les variétés du
chien, tirent leur origine du loup.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[104]
Les connaissances que fournit l’ac-
couplement des animaux sont donc insuf-
fisantes pour distinguer les espèces des
simples variétés. On tenterait également
envain d’arriver à cette connaissance au
moyen de quelques caractères qui parais-
sent constans. Les pupiles sont rouges
et les poils blancs dans la variété blanche
du lapin; cependant ce caractère invariable
ne saurait devenir spécifique.
L’analogie et la vrai semblance paraissent
pour ainsi-dire les seuls moyens de parve-
nir dans l’étude de la zoologie à la connais-
sance des espèces.
Les dents molaires des éléphans d’A-
frique ne ressemblent point à celles des
éléphans d’Asie, j’ignore si dans ces ré-
gions éloignées, ces animaux ont produit
ensemble, et si leurs dents sont constam-
ment différentes; mais cette variété de
caractère s’étant constamment offerte dans
celles que j’ai observées, et ne connaissant
pas d’exemple d’un changement analogue
provenu de la dégénération, j’en conclus,
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[105]
par analogie, que ces éléphans constituent
deux espèces distinctes.
Le furet ne paraît au contraire qu’une
simple variété du putois, non parce qu’ils
produisent ensemble, mais parce que le
premier a les pupiles rouges, et que l’ana-
logie m’a démontré que tous les mammaux
dont la coroïde est privée d’un vernis noi-
râtre, sont des variétés dégénérées de l’es-
pèce primitive.

§ 24.
Adaptation du paragraphe précédent à cette
question: Le genre humain est-il composé
de variétés ou d’espèces?

On voit facilement le but que je me pro-
pose: l’analogie me paraît, en effet, le seul
moyen de parvenir à la solution du pro-
blème précédent (§ 22.)
Mais en suivant cette route, il faut sans
cesse avoir présentes à l’esprit ces deux
règles de philosophie du grand Newton:
1°. “Tout effet naturel semblable doit
être rapporté aux mêmes causes.”
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[106]
Ainsi, lorsque j’indiquerai les causes de
la différence de structure des peuples di-
vers, elles se trouveront nécessairement
les mêmes que celles qui ont produit des
changemens analogues chez les animaux
domestiques dispersés dans tous les climats.
2°. “Il ne faut pas, en histoire natu-
relle, admettre plus de causes qu’il n’en
est nécessaire pour l’explication des phé-
nomènes.”
Si la dégénération me paraît donc ex-
pliquer suffisamment les variétés de struc-
ture du genre humain, je regarderai
comme inutile d’y reconnaître différentes
espèces.

§ 25.
Comment l’espèce primitive dégénère-t-elle
en variétés?

Pour résoudre plus aisément cette ques-
tion, je l’examinerai sous ce double rap-
port.
A) J’exposerai, 1°. les principaux phé-
nomènes de la dégénération des brutes.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[107]
B) 2. Les causes de cette dégénération.
Je parviendrai plus facilement à compa-
rer après cela, dans la section suivante,
les phénomènes de variétés dans l’espèce
humaine, tant à ceux de dégénération chez
les brutes qu’aux causes qui les ont pro-
duits.

§ 26.
Principaux phénomènes de la dégénération
des Brutes.

Je me bornerai à citer un petit nombre
d’exemples tirés des animaux à sang chaud
et surtout des mammifères, parce que leur
structure se rapproche le plus de celle de
l’homme. Ils suffiront pour démontrer qu’il
n’est, dans le genre humain, aucun acci-
dent dont les animaux domestiques ne
nous offrent l’analogue comme un produit
de là dégénétation.
Je vais m’occuper successivement de
chacun, de ces accidens.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[108]

§ 27.
Couleur.

Presque tous les cochons sont blancs en
Normandie, noirs en Savoie et d’un rouge
brun en Bavière
Cf. conjunctissimi Voigt Magasin T. VI, P. I,
pag. 10.
.
La plupart des boeufs de Hongrie sont
d’un blanc grisâtre, il sont roux en Fran-
conie.
En Corse, le pelage des chiens et des
chevaux est agréablement tacheté.
La couleur noire appartient aux din-
dons de la Normandie; ils sont au contraire
presque tous blancs en Hanovre.
En Guinée, les chiens et les oiseaux ga-
linacés
Beeckman’s voyage to and from Borneo Lon-
don 1718. 8, p. 14.
surtout, sont noirs comme
l’homme de ces contrées. Comme lui le
chien (canis ægyptius Lin.) a la peau gla-
bre, et d’une mollesse à l-a-fois onctueuse
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[109]
et soyeuse. Elle jouit aussi d’une trans-
piration particulière
Pechlin, de habitu et colore Æthiopum Kilon.
1677. 8, p. 56.
et plus abon-
dante.

§ 28.
Texture des poils.

Combien n’observe-t-on pas de variété
de structure dans la laine des brebis des
différens climats, depuis la laine super-
fine du Tibet jusqu’aux poils épais et gros-
siers des brebis d’Ethiopie.
La soie des cochons ne présente pas
moins de différence: ceux de Normandie
l’ont si molle qu’on ne peut en faire des
brosses. Sous ce rapport il existe une dif-
férence extrême entre le sanglier et le
cochon, et surtout sous celui du duvet pla-
cé entre les soies.
Il est des climats qui influent prodigieu-
sement sur les poils de plusieurs genres
de mammifères domestiques: c’est ainsi
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[110]
que dans la Natolie les chèvres, les lapins
et les chats d’Angola ont le poil très-long,
fins comme de la soie et presque toujours
d’une blancheur de neige.

§ 29.
Stature.

Le Patagon et le Lapon diffèrent moins
entr’eux, sous le rapport de la stature que
ne le font plusieurs animaux domestiques
de pays différens. Le cochon d’Europe
transporté à Cuba, est devenu du double
plus grand
V. Voigtii Magazin l. c.
, et les boeufs ont éprouvé
le même changement dans le Paraguay
F. Saver Clavigero storia antica del Messico
T. IV, pag. 142.
.

§ 30.
Forme et proportion des parties.

Quant à la proportion des parties, quelle
grande différence entre les chevaux ara-
bes et syriaques et ceux du Nord de la
Germanie! entre les boeufs haut montés
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[111]
du Cap de Bonne-Espérance et ceux à cour-
tes jambes de l’Angleterre.
Les cochons de Normandie ont les jam-
bes de derrière beaucoup plus longues que
celles de devant.
Dans quelques provinces d’Angleterre
et d’Irlande les boeufs sont privés de cor-
nes
Etiam Hippocrates de aëribus, aquis et locis
S. 44.
. Ces animaux en ont d’énormes en
Sicile.
Je ne parlerai pas des cornes monstrueuses
des boeufs d’Abyssinie, parceque, d’après
le témoignage de Bruce, leur grandeur
depend d’une cause morbifique.
Il existe des brebis qui ont des cornes
nombreuses.
Des races entières de cochons n’ont aux
pieds qu’un seul ongle, tandis que d’autres
en ont trois
Voigtii Magasin l. c.
.
Les brebis à large queue, le serin huppé,
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[112]
et d’autres variétés offriraient de sembla-
bles différences dans toutes les parties du
corps.

§ 31.
Forme du crâne.

Les variétés de l’espèce humaine offrent
de légères différences dans la forme du
crâne, mais incomparablement plus fai-
bles que celles qu’on retrouve dans les di-
verses races d’animaux domestiques. Le
crâne du nègre ne diffère pas autant de
celui de l’Européen que le crâne du san-
glier de celui du cochon domestique, et
la tête moutonnée du cheval Napolitain est
bien plus éloignée de celle du cheval Hon-
grois, remarquable par son peu de longueur
et par l’étendue de la machoire inférieure.
Camper a observé des fosses lacrymales
très-profondes sur l’Urus, tige des boeufs
domestiques. La dégénération les a entiè-
rement effacées chez ces derniers.
Je ne parle pas de la prodigieuse alté-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[113]
ration du crâne dans les poules Pa-
douannes
Pallas Spicileg. Zoologie. fasc. IV, pag. 22.
Sandifort, Museum anatomie. Acad. Lugd. Batav.
T. I, p. 306.
.

§ 32.
Causes de dégénération.

La vie animale suppose l’existence de
deux facultés, dependant des forces vita-
les, et comme les conditions primitives
et principales, indispensables à l’exécu-
tion des fonctions en général et en parti-
culier.
La première est la faculté de recevoir
l’action des stimulus, de manière que le
corps en soit affecté.
La seconde, le mode de réaction qui en
résulte et détermine l’action du solide
vivant.
Aucun mouvement ne s’opère dans la
machine animale sans ce stimulus et la
réaction qui en est la suite.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[114]
Tels sont les principes sur lesquels re-
posent les fondemens de la physiologie
animale, ce sont les sources fécondes de la
génération et des causes de la dégradation
des êtres: une courte explication suffira
pour le démontrer, même aux personnes
peu instruites en physiologie.

§ 33.
Impulsion génératrice .

J’ai déjà tenté dans un ouvrage ex
professo, sur le sujet qui nous occupe, de
prouver que le système de l’emboîtement
ne répondait ni aux phénomènes de la
nature, ni aux raisonnemens d’une saine
philosophie. On sait que d’après ce sys-
tème, aucun être vivant n’est engendré,
mais qu’au moment de la création pre-
mière, la totalité des germes fut enve-
loppée dans les individus, et qu’ils n’ont
fait depuis que se dérouler successivement;
mais si, ayant égard aux phénomènes de
la génération, on raisonne conséquem-
ment, je crois qu’on dira plutôt:
Le liquide génital est la matière
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[115]
informe des corps organiques; mais
elle diffère de la matière inorgani-
que, par les phénomènes d’une force
manifeste, qui, sous un certain con-
cours de maturité, de mixtion, de
lieu, etc.... lui fait prendre dans
l’acte de la génération, la forme qui
lui est destinée. Cette forme se con-
serve ensuite par la nutrition, et si
elle a souffert mutilation, se répare
autant qu’elle le peut au moyen de
la reproduction.
Je nomme cette force, impulsion géné-
ratrice, pour la distinguer des autres actes
de la puissance vitale, des expressions in-
signifiantes de force plastique et autres
semblables, dont les anciens se servaient
sans y attacher de sens précis. Je ne pré-
tends pas désigner par-là, une cause, mais
plutôt un effet abstrait, perpétuel, tou-
jours semblable à lui-même, par la cons-
tance et l’universalité de ses phénomènes.
C’est ainsi qu’on emploie les mots attrac-
tion
et gravité, pour désigner certaines
forces dont les causes restent ensevelies
dans les ténèbres les plus profondes.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[116]
Dès que les autres forces vitales sont
excitées par l’application d’un stimulus
convenable, elles entrent en action et réa-
gissent promptement; il en est de même
de l’impulsion génératrice, elle répond
aux agens appropriés; telle est la chaleur
pour l’œuf pendant l’incubation.
La contractilité et l’irritabilité se ma-
nifestent par le mouvement, l’impulsion
génératrice éclate par l’accroissement de
la matière et en lui donnant une forme dé-
terminée; c’est par elle que chaque plante,
chaque animal propage son espèce, soit
que ce phénomène se fasse immédiatement,
ou s’opère graduellement, par métamor-
phose, au moyen de l’action successive de
différens stimulus.
L’impulsion génératrice peut dévier de
sa direction ordinaire de trois manières
principales; de là, les générations mons-
trueuses, les générations métives, qui
viennent du mélange du liquide seminal
de deux espèces différentes, et enfin la dé-
génération en variété proprement dite.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[117]
Les générations monstrueuses sont les
résultats du trouble, et pour ainsi dire
de l’erreur de l’impulsion génératrice, ou
dependent d’un accident étranger, comme
une chute, une pression; dans tous les
cas, les corps organiques prennent alors
une structure difforme, vicieuse, et
contre nature. Cet objet ne doit pas nous
occuper.
Ce n’est pas aussi l’instant de parler
des générations métives. Elles provien-
nent du mélange d’espèces différentes,
et n’auraient probablement jamais lieu
chez les animaux, sans les efforts de
l’homme; en effet, la sagesse de la na-
ture s’y oppose pour prévenir la confusion
des formes spécifiques. Cependant les
métis ne sont pas toujours stériles, au
point d’être incapables de propager leurs
formes nouvelles; leur histoire peut
répandre beaucoup de clarté sur le sujet
qui nous occupe, à raison de l’analogie de
ces métis avec les produits des simples varié-
tés. Ils fournissent encore un argument
victorieux contre le système de l’emboî-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[118]
tement, et prouvent évidemment l’exis-
tence et l’action de l’impulsion généra-
trice; effectivement, si l’on unit pendant
une longue suite de générations, des métis
prolifiques avec les mâles de l’espèce pri-
mitive, ou altèrera peu-à-peu dans les
produits les formes maternelles, et ils fi-
niront par revenir entièrement à l’espèce
du mâle
Kölreuter dritte Fortsetzung der Nachricht
von inigen das Geschlecht der Pflanzen betreffen-
den Versuchen. p. 51, parag. 24.
.
Le mélange de deux espèces différentes
ne détruit pas, comme nous venons de le
voir, toute la puissance de l’impulsion
génératrice, mais lui donne seulement une
direction irrégulière; l’action qu’exercent
sur les corps organiques certains stimulus,
pendant une longue suite de générations,
dérange également, mais d’une manière
insensible, la marche habituelle de l’im-
pulsion génératrice. Telle est la cause la
plus fréquente des dégénérations ou des
variétés proprement dites.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[119]
Passons aux principaux stimulus de ce
genre.

§ 34.
Le climat.

Il paraît évident que le climat doit exer-
cer une puissance presqu’infinie sur tous
les corps organiques et particulièrement
sur les animaux à sang chaud; liés intime-
ment à l’atmosphère, ils sont tant qu’ils
existent exposés à son action. On sait au-
jourd’hui que l’air, qu’on regardait comme
simple, est composé d’une multitude d’é-
lémens: les gas en sont les parties consti-
tutives, la lumière, la chaleur, la matière
électrique entrent comme accessoirs dans
sa composition. La proportion de ces di-
verses parties varie prodigieusement, et
chacun de ces changemens doit modifier
l’action de l’atmosphère sur les animaux
qui y sont plongés. Mais il éprouve surtout
des variations importantes par ces causes
qui mettent tant de disparités entre les dif-
férens climats; l’élévation du sol et des
montagnes; le voisinage des lacs, des
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[120]
fleuves, des mers; les vents endémiques,
la situation respectivement aux zones du
globe, etc.
Les animaux à sang chaud respirent dès
leur naissance cet air ainsi modifié: leurs
poumons, laboratoire vivant, le décom-
posent, une partie roule avec le sang ar-
tériel dans toute l’économie, dont se déga-
gent proportionellement d’autres elemens;
une autre est déposée à la surface du corps,
et la dernière, ramenée par les veines à
l’organe respiratoire, est rendue à l’atmos-
phère.
De là, diverses modifications du sang,
des liquides qui en émanent et surtout des
humeurs huileuses, telles que la graisse,
la bile, etc.
De là enfin, leur action sur le solide
vivant, comme autant de stimulus, sa
réaction, et ce qui appartient de plus près
au sujet qui nous occupe, la détermi-
nation et la direction de l’impulsion gé-
nératrice.
L’immense et perpétuelle influence du
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[121]
climat sur l’économie animale, l’habitude
et la forme du corps n’avaient pas échappé
aux observateurs des siècles passés; mais
c’est particulièrement dans ces derniers
temps que les grands progrès de la chimie
et la précision des études physiologiques
l’ont mise dans toute son évidence.
Cependant il est souvent très-difficile
de déterminer, dans une variété, ce qui
doit s’attribuer uniquement à l’action du
climat, aux autres sources de dégénéra-
tion, et enfin ce qui appartient à la réu-
nion de ces causes dîfferentes. Néanmoins,
je vais citer des exemples de dégénération
qui me semblent évidemment dûs à l’in-
fluence du climat.
Plusieurs animaux blancs dans les ré-
gions septentrionales, prennent dans les
pays plus tempérés une couleur toute dif-
férente: tels sont le renard, le lièvre,
le faucon, le corbeau, le choucas, le
merle, le pinçon, etc.... L’analogie ap-
prend que leur blancheur dépend du froid,
aussi bien que celle des animaux de ces
climats, qui changent pendant l’hiver
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[122]
leur couleur d’été en blanc ou en gris,
comme l’hermine, la foine commune, le
lièvre, l’écureuil, le renne, le lacopède,
le bruant des neigesy
Linn. Flora Laponica. p. 55. 352. ed. Smit.
.
La mollesse soyeuse et la blancheur
éclatante du poil de la plupart des ani-
maux d’Angourie (§ 28.), me paraissent
plutôt dépendre du climat que de la nour-
riture. En effet, les animaux carnaciers
usent d’alimens plus variés et plus nourris-
sans que les herbivores; cependant la
chèvre et le chat ont dans ce pays la même
espèce de fourrure.
La couleur noire qui teint, en Nigritie
et dans quelques autres parties de la Zone
torride, plusieurs espèces d’animaux, tant
oiseaux que mammifères, paraît dépendre
de la même cause.
Il est bien digne de remarque que cette
couleur, ainsi que la blancheur des ani-
maux d’Angola, se conserve constamment
pendant une longue suite de générations,
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[123]
chez des individus transportés dans des
pays très éloignés.
L’action du climat ne se fait pas moins
sentir dans l’accroissement des corps vi-
vans; le froid les rabougrit, tandis que la
chaleur les accroît et les développe: ainsi
les chevaux des pays glacés de l’Ecosse et
du nord de la province de Galles, sont
d’une petite taille. Dans la Scandinavie,
les chevaux et les bestiaux sont comme les
hommes indigènes, grands et vigoureux,
leur stature diminue sensiblement dans la
Gothie méridionale, elle est réduite au
dernier degré de petitesse dans l’Ostro-
gothie boréale.

§ 35.
La nourriture.

Les principes de toutes les substances
alimentaires sont probablement les mêmes,
quel que soit le règne dont on les ait tirées.
Cette opinion ingénieuse de G. Fordice
paraît conforme à la vérité; aussi les ani-
maux à sang chaud, carnaciers, ou herbi-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[124]
vores, ont tous un même chyle, un même
sang, malgré la différence de leur nourri-
ture, pourvu qu’elle soit élaborée d’une
manière convenable, par les organes de
la digestion. Cependant il faut conve-
nir que les nombreuses propriétés des ali-
mens, influent prodigieusement sur la
nature et les qualités des animaux. Quel-
ques exemples suffisent pour démontrer
cette vérité.
L’effet que produit une nourriture par-
ticulière sur le plumage des oiseaux chan-
teurs, prouve l’influence des alimens sur la
coloration: ce phénomène s’observe sur-
tout dans le genre des alouettes et des moi-
neaux; leurs couleurs deviennent foncées
quand ils se nourrissent de graines de
chanvre.
Les brebis d’Afrique, transportées en
Angleterre, offrent un exemple singulier
de l’influence du changement de nourri-
ture sur la texture des poils: la laine de
ces animaux est naturellement grossière
et semblable au poil de chameau; elle de-
vient de la plus grande beauté quand ils
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[125]
ont passé quelques années dans les pâtura-
ges d’Angleterre
Jam Bates, on the litéral doctrine of original
Sin. London 1766, 8, p. 224.
.
Les animaux domestiques sont des
preuves évidentes de l’influence de la nour-
riture sur la grandeur et les proportions
des parties. Les chevaux qui paissent de
gras pâturages, comme ceux de la Frise,
acquièrent une haute stature; ceux qui
vivent au contraire dans les terreins pier-
reux d’Œland, ou dans des bruyères arides,
restent toujours de petite taille. Les bœufs
nourris sur un sol fertile, deviennent gras
et ventrus, leurs jambes sont proportionnel-
lement plus courtes. Ceux du Cap, qui
paissent des gramens moins nourrissans ne
se chargent pas d’autant de graisse, mais
leurs jambes sont plus fortes et plus char-
nues; je ne parle pas des variétés infinies
de poids, de saveur, etc... qui dépendent
toutes de la différence de la nourriture.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[126]

§ 36.
Le genre de vie.

Je rapporterai au genre de vie, consi-
déré comme cause de dégénération, tout
ce qui peut à la longue, indépendamment
du climat et de la nourriture, apporter des
changemens dans l’habitude du corps, en
agissant de la même manière et sans inter-
ruption. L’éducation et l’habitude produi-
sent surtout cet effet; les animaux domes-
tiques nous fournissent particulièrement
des exemples du pouvoir qu’elles exercent
sur les êtres.
Voyez le cheval des forêts et le coursier
généreux que l’homme a su dompter; ils
sont aussi différens dans leurs formes que
dans leurs manières: l’un attaque avec les
dents, et ses pieds sont pour lui pres-
qu’une arme inutile; au contraire, l’autre
accoutumé au frein, a perdu l’habitude de
mordre; ses pieds sont armés de fer, et
c’est avec eux qu’il combat son ennemi.
Des oreilles et une queue pendante sont
les signes de servitude et de dégradation
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[127]
que portent presque tous les mammifères
que l’homme s’est assujétis. Les fonctions
même ont éprouvé dans l’esclavage des
changemens considérables. Le sanglier
n’a point le panicule graisseux qui sur-
charge le cochon domestique; le duvet
lanugineux qui garnit ses soies, diminue
et finit par disparaître dans les variétés
domestiques.
Des portées monstrueuses plus fréquen-
tes, des maladies inconnues aux habitans
des forêts, et de nouvelles espèces de
vers, dont on ne retrouve pas même de
trace dans les races sauvages et dans la
variété primitive, viennent affliger les
animaux que l’homme a domptés. Qu’il me
suffise, pour prouver ce que j’avance, de
citer l’hidatide de la peau.
Malpighii opera posthuma, p. 84, ed. Lnndi.
1697.
J. A. E. Goeze Entdeckung. H. al. 1734. 8.
(All. fin-
nen. ital. Lazaroli) Ces infiniment petites
statures, fruits d’une union prématurée
que la nature désavoue, sont également
dues à la domesticité.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[128]

§ 37.
Générations métives.

Les trois causes de dégénération que
nous venons d’examiner, changent peu-
à-peu la manière d’être et le caractère
primitifs des animaux, et ne peuvent pro-
duire de variétés qu’en se perpétuant
pendant une longues suite de généra-
tions.
Mais si deux variétés, résultats de l’ac-
tion lente de l’une de ces causes, viennent
à se mêler ensemble, alors il se forme de
suite un produit nouveau, qui, sans res-
sembler exactement à l’une ou à l’autre,
participe à leurs différens caractères et
va constituer une espèce mitoyenne.
On entend ordinairement par mulet,
le produit de deux espèces entièrement
distinctes, comme celui du cheval et de
l’âne, du serin et de la linotte: je ne par-
lerai point de ceux-ci, puisqu’on ne peut
y rapporter aucune des variétés de-l’espèce
humaine. En effet, quoiqu’il y ait dans
les deux sexes plusieurs exemples d’accou-
plemens avec les brutes, jamais cependant
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[129]
il n’est résulté aucun fruit de ces unions
criminelles
Th. Warton ad Theocriti Idyll. I. 88, p. 19.
»Audivi ex docto quondam amico, qui per Sici-
liam insulam iter faciens, ibidem cùm vetera
monumenta, tum populi mores accuratiùs inves-
tigaverat, inter confessionis articulos à Seculis
caprariis apud montes vitam solitariam degenti-
bus, etiamnùm per sacerdotes proprios ritè so-
lere exigi, an rem cum hircis suis habuerint?«
,
Mart. à Baumgarten Equ. Germ. Peregrina-
tio in Aegyptum, Arabiam, etc. pag. 73. “Ex
Alchanica Aegypti egressi, venimus ad casale
quoddam Belbes dictum, ubi carabenae eunti
Damascum sumus conjuncti. Ibi vidimus sanc-
tum unum Saracenicum, inter arenarum cumu-
los, ità ut ex utero matris prodiit, nudum se-
dentem. – Audivimus sanctum illum, quem eo
loco vidimus, publicitùs apprimè commendari:
eum esse hominem sanctum, divinum ac inte-
gritate praecipuum, eo quod nec foeminarum
unquam esset nec puerorum, sed tantummodo
asellarum concubitor atque mularum.”
,
Pallas neuen nordischen Beyträgen. P. II,
pag. 38.
,
Th. Phillips, voy. en Guinée dans Churchill’s,
collection of voy. T. VI, p 211. »Il y a dans ce
pays un grand nombre de très-granus Baboins;
quelques-uns ont la taille d’un fort mâtin. Ils
vont par troupes de 50 à 100, et il est très-dan-
gereux d’en être rencontré, surtout pour les
femmes. Des personnes dignes de confiance m’ont
assuré qu’il arrive souvent qu’ils les violent l’un
après l’autre, jusqu’au point de les faire mourir.
,
Steller Beschreibung Kamtschtaka. p. 289.
,
Les femmes de Mendes avec le bouc sacré.
Hancarville, Recherches sur l’origine des arts
de la Grèce. T. I. pag. 320.
Les Cretins, malgré la stupeur qui les accable,
sont cependant transportés de desirs si effrénés qu’il
n’est pas rare de les voir s’accoupler avec les trou-
peaux dans les Alpes Saltzbourgeoises. Michaelis
med. cast. Hanov. Medicinische Bibliothek.T. III,
pag. 649.
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[130]
Je m’occuperai uniquement des mulets
que donnent deux variétés d’une même
espèce; l’union du serin vert et du serin
blanc, par exemple, produit une race nou-
velle pour la couleur ou pour les formes.
On a très-utilement employé ce moyen pour
perfectionner les espèces domestiques,
surtout les chevaux et les moutons.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[131]

§ 38.
Qualités héréditaires provenant d’une
constitution maladive.

Le sujet de ce paragraphe semble au
premier coup-d’œil, se rapporter plutôt
à la pathologie qu’à l’histoire naturelle;
cependant, avec un peu d’attention,
on voit clairement qu’il appartient, à
plusieurs titres, aux causes de dégéné-
ration.
Il existe chez les animaux plusieurs
qualités extérieures qui, aux yeux du
vulgaire, ne paraissent nullement dépen-
dre d’une affection maladive, elles y tien-
nent néanmoins de très-prèset se trouvent
le plus souvent unies à une constitution
valétudinaire. Telle est la blancheur de
quelques animaux, que Bacon a nommée
couleur de la faiblesse
The colour of defect.
; l’exemple des
bœufs de Hongrie, qui deviennent blancs
après la castration, démontre assez que
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[132]
la débilité de la constitution, est, dans
bien des cas, la cause de ce défaut de co-
loration: d’ailleurs on observe qu’il s’y
joint presque toujours quelques maladies;
les chiens et les chats d’Angora, ont géné-
ralement l’ouie dure.
La nature, au bout d’une longue suite
de générations, s’accoutume insensible-
ment à l’action de quelques-unes des ma-
ladies héréditaires; elles deviennent avec
le temps, moins incommodes, moins fâ-
cheuses, et finissent par mériter à peine le
nom de maladie. Cette blancheur contre
nature qui, jointe à l’absence de la muco-
sité noirâtre qui vernit l’intérieur de l’œil
des animaux à sang chaud, constitue cette
maladie connue sous le nom de leucœthio-
pie, nous en offre un exemple.
On aperçoit facilement dans un fœtus
àttaqué accidentellement de cette affection,
car elle est toujours congéniale, un genre
de cachexie lépreuse; mais dans la variété
du lapin blanc, où une longue hérédité a
presque naturalisé la leucœthiopie, on ne
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[133]
retrouve plus de traces de la maladie
primitive, qu’indique cependant l’analo-
gie avec les animaux, dont la blancheur et
les pupilles rouges sont une anomalie.
La zoologie assigne au furet, comme espèce
particulière, une place dans le genre des
martes; néanmoins, si toutes les probabi-
lités ne me trompent pas, ce n’est qu’une
simple variété du putois, produite par la
leucœthiopie, comme je l’ai dit au para-
graphe 23.

§ 39.
Question problématique: les mutilations ou
d’autres altérations des formes peuvent-
elles produire des variétés?

L’altération des formes ou des mutilations
répétées, à dessein ou par l’effet du ha-
sard, pendant une longue suite de géné-
rations, peuvent-elles enfin changer la
nature au point de devenir counée? Si des
auteurs ont adopté cette opinion
Hipp. Arist. et dernièrement Klugel, Ency-
clopédie. T. I, page 541. 2. ed.
elle
a aussi trouvé des contradicteurs
Kaut Berliner Monatsschrift 1785. T. VI, p.
402.
.
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[134]
Les premiers citent à leur avantage des
chiens et des chats, à qui l’on avait coupé
la queue et les oreilles, et dont les petits
sont nés, privés de ces parties. Il est éga-
lement certain que les enfans viennent
quelquefois au monde avec les marques des
cicatrices de leurs parens, et qu’il naît
chez les nations, soumises à la circonci-
sion, des garçons sans prépuce
Voigtii Magazin, T. VI, P. I, page 22. P.
IV, page 40.
. Buffon
rapportait à la même cause, des caractères
de diffèrens animaux, comme les callosités
de la poitrine et des genoux du chameau,
la dénudation furfuracée de la base du bec
du fren. Ceux qui ne partagent pas ce sen-
timent, rejettent l’opinion de Buffon comme
une petition de principe, et attribuent
au hasard les exemples que j’ai cités.
Je ne prononce pas maintenant sur cette
question; mais je suis prêt à me ranger avec
les derniers, s’ils m’expliquent pourquoi
des conformations particulières, obtenues
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[135]
d’abord de l’art, ou l’effet d’accident, ne
pourraient pas se transmettre, tandis qu’on
ne saurait assigner d’autres causes à des
caractères communs à toute une race, qu’on
observe particulièrement au visage, dans
la forme du nez, des lèvres, des sourcils,
et qui se propage dans les familles pendant
une suite plus ou moins nombreuse de gé-
nérations, avec plus ou moins de constance
et de régularité. Les maladies organi-
ques
Voigtii T. VI, P. IV, page 34 et suiv.
, le bégaiement et les autres vices
de prononciation sont aussi héréditaires.
Voudrait-on attribuer tous ces faits au
hasard?

§ 40.
Précautions qu’exige la recherche des
causes de dégénération.

L’évidence de la plupart des causes de
dégénération que nous avons indiquées,
est si manifeste, qu’il est facile de leur
rapporter le plus grand nombre des phé-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[136]
mènes de dégéneration que nous avons
déjà examinés; mais plusieurs d’entre elles
peuvent agir simultanément, ou en sens
contraire. Les corps organiques varient à
l’infini dans leur disposition et leur résis-
tance à la dégénération; les effets de ces
causes sont eux-mêmes singulièrement mo-
difiés, selon que leur action est médiate
ou immédiate. Enfin il est possible qu’ils se
conservent pendant une longue suite de
générations, comme ils peuvent disparaître
dans un court espace de temps. Cette
multitude de rapports différens exige la
plus grande circonspection dans la recher-
che des causes des variétés.
Je vais établir, comme corollaire, les
règles les plus importantes qui doivent di-
riger dans ce travail:
1. Plus le concours des causes de dégé-
nération est nombreux, plus leur action
se prolonge sur une rnême espèce, plus
elles en altèrent ses formes primitives.
Sous ce rapport aucun animal n’entre en
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[137]
comparaison avec l’homme. Il est omnivore,
cosmopolite, et soumis à la vie domestique,
presque dès son origine, long-temps avant
les autres animaux. Les effets du climat,
de la nourriture et du genre de vie se trou-
vent donc réunis chez lui depuis un temps
considérable.
2. Une cause de dégénération, assez
puissante d’ailleurs, peut être modifiée
et même annullée par des circonstances
particulières, surtout, si leurs effets lui
sont absolument opposés.
C’est ainsi que sous des latitudes pa-
reilles, des températures très-différentes
selon la nature du sol, une situation plus
basse ou plus élevée, un ciel pur ou né-
buleux, le voisinage des montagnes, des
forêts, des marais ou des mers, etc...
produisent, dans la manière d’être des
animaux, des effets dissemblables et même
opposés.
3. Souvent un phénomène remarquable
de dégénération est moins un produit im-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[138]
médiat, qu’un produit éloigné d’une cause
qui échappe aux premiers regards.
La couleur foncée de plusieurs nations
ne dépend pas uniquement de l’action di-
recte du soleil sur la peau, mais tient en-
core à l’influence qu’il exerce sur les fonc-
tions du foie.
4. Les changemens dus à des causes
éloignées sont les plus intimes, les plus
fortement empreints, ceux qui se propa-
gent avec le plus d’opiniàtrété dans les
générations suivantes.
Voilà je pense pourquoi la couleur noire
des habitans de la Zone torride (§ 34.) per-
siste beaucoup plus sous un ciel étranger
que la couleur blanche des peuples du
Nord.
5. Les influences médiates de sembla-
bles causes peuvent être si éloignées
qu’elles aient même échappé à nos con-
jectures. On doit y rapporter tous les phé-
Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[139]
nomènes de dégénération encore énig-
matiques.
Sans doute il faut aussi attribuer à ces
causes médiates, en grande partie in-
connues, les formes nationales du crâne,
la couleur qu’ont les yeux chez des races
entières, etc....

SECTION III.
Causes et modes de la dégénération de
l’espèce humaine en variétés.

Zum Vergrößern anklicken
CC BY-SA 4.0
[140]

§ 41.
Plan de cette Section.

Après avoir considéré chez les animaux,
les causes et les modes de dégénération
en général, je vais en faire l’application
aux variétés de l’espèce humaine. Je trai-
terai de chacun d’eux en particulier, et j’y
joindrai tout ce qu’on sait des causes aux-
quelles ils peuvent se rapporter. La couleur
de la peau m’occupera d’abord: ce carac-
tère trompe quelquefois à la vérité, mais
il est cependant plus constant et se trans-
met plus sûrement qu’aucun autre
Kant Berliner Monatsschrift 1785. T. VI,
p. 391; et Deutscher Mercur 1788. P. I. p. 48.
; il